‹ Morale [microform]Chapitre 99 sur 284 · XII. — A. 2. LE DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

XII. — A. 2. LE DÉVOUEMENT

c'est un phénomène dû à des causes diverses. Mais c'est certainement l'espèce de courage la plus noble, et la preuve c'est qu'il est lié ici à une grande douceur et à une grande patience.» L'amour généreux renferme une telle force et une telle plénitude qu'il appartient par lui-même aux choses donnant de la valeur à la vie. Il est précieux non seulement à cause de ses effets, mais encore par sa seule existence, et ses effets ne sont que des suites de son expansion spontanée.

L'amour vrai ne peut se manifester de supérieur à inférieur. C'est un point important, surtout pour la bienfaisance. Souvent on donne comme du haut des nuages, et la compassion n'est souvent qu'un orgueil déguisé. L'amour généreux efface la différence entre le donateur et le donataire, en reconnaissant chez celui-ci le droit de prendre comme chez le premier le devoir de donner. Il s'efforce de faire des malheureux et des indigents des membres indépendants de l'espèce. Il ne traite pas iion plus le donataire en simple moyen de soulager d'aveugles instincts sympathiques ou de satisfaire une inclination sentimentale. Souvent nous ne devons pas plus suivre l'instinct aveugle que la colère, l'ambition et d'autres impulsions, même lorsque dans les cas douteux nous nous efforçons de notre mieux de laisser parler notre cœur. Nous ne donnons pas seulement en effet parce que nous avons besoin de donner, mais aussi parce que nous voulons réellement porter secours. Malthus a été peut-être le premier à montrer combien la bienfaisance est un art difUcile. Nous voyons reparaître ici l'étroite liaison de l'amour et de la justice. Tandis que s'exerce l'action de l'instinct sympathique, il ne faut pas perdre de vue le besoin de cercles plus considérables.

Chez celui qui a devant les yeux le grand abîme qui sépare (l'un côté les malheureux et les indigents et de l'autre ceux qui ont un accès relativement facile aux biens matériels de la vie, il se produit aisément un vertige capable de paralyser tant la sympathie que l'énergie. On n'a pas le droit naturellement de négliger cet abîme. Mais le grave problème de la pauvreté et de la misère est beaucoup trop complexe et a des ramifications trop multiples pour pouvoir se résoudre par une intervention directe. 11 ne servirait de rien que nous donnions tous notre bien aux pauvres. Nous devons chercher notre justification en contribuant du mieux qu'il nous est possible au bien de l'espèce dans

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