‹ Morale pour tousChapitre 13 sur 22 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

KORAI«B PROPRBMEHT DITE

Division de la morale proprement dite. — Division et classification des devoirs. — Pourquoi la division des devoirs a remplacé l'ancienne division de la vertu en quatre vertus cardinales.

Après avoir prouvé l'existence de la loi morale et montré ce qu'elle est dans son unité et son universalité, il faut la suivre dans ses différentes applications, et rechercher quels sont les devoirs qu'elle nous impose dans toutes les situations de notre vie , dans toutes les relations que comporte notre nature. Or, nous avons des relations avec tous les êtres capables d'exercer une action sur nous et sur lesquels, à notre tour , il nous est permis d'exercer notre liberté et notre intelligence : avec nous-mêmes d'abord, avec les autres hommes , avec les êtres inférieurs à la nature humaine, avec la nature divine. De là quatre sortes de devoirs, qui donnent naissance à autant de parties distinctes de la morale : des devoirs envers nous-mêmes, qui sont l'objet de la morale individuelle; des devoirs envers nos semblables, qui forment dans leur réunion la morale sociale ; des devoirs dont les êtres inférieurs sont moins le but que Foccasion et qui rentrent dans ceux qui nous sont

prescrits envers nous ou envers la société ; enfin des devoirs envers Dieu, embrassés sous le nom de mo-' raie religieuse.

Les devoirs que la conscience nous prescrit , les actions que la raison nous commande, quand nous les accomplissons régulièrement et avec persévérance , apportent à notre âme une puissance, une perfection intérieure qui nous rend jusqu'à un certain point inaccessibles aux tentations et aux défaillances à venir. C'est cet état , précieux résultat des victoires que nous avons successivement remportées sur nousmêmes, qui a reçu le nom de vertu. Les anciens, plus occupés de la vertu que des devoirs, ont été conduits à une division de la morale qui diffère, au moins en apparence , de celle qui est aujourd'hui universellement consacrée. Considérant la vertu comme une dans son principe , mais comme revêtue d'un certain nombre d'attributions essentielles, dont chacune la représente sous un aspect et sous un nom particulier, ils distinguaient quatre vertus cardinales , c*està-dire quatre vertus principales d'où dérivent et auxquelles se subordonnent toutes les autres : ce sont la prudence, la force, la tempérance et la justice. Quand on examine de près la signification que les anciens attachaient à ces mots, on s'aperçoit que leur opinion sur les diverses parties de la morale ne s'éloigne pas autant qu'on pourrait le croire de celle qui a prévalu chez les modernes. En effet , la prudence, entendue dans le sens de son étymologie antique , ce n'est point cet esprit de réflexion et de réserve qui peut servir également au bien et au mal, à régoïsme et à la vertu , c'est la connaissance de la vérité dans son caractère le plus élevé, à ce degré où elle embrasse la connaissance de Dieu et celle de nous-mêmes et où elle suppose nécessairement de

longs efiforts d'intelligence. Mais la prudence ainsi comprise, c'est tout à la fois un devoir envers nous- • mêmes et envers notre Créateur. Ce sont encore des devoirs envers nous-mêmes que nous rencontrons dans la force et dans la tempérance, car la première de ces deux vertus , d'après la définition que nous en trouvons dans Cicéron, c'est cette énergie de la volonté , cette liberté de Tâme qui consiste à se mettre au-dessus de la bonne et de la mauvaise fortune et à ne reculer devant aucun sacrifice pour faire le bien. La seconde, c'est ce même empire de la liberté morale exercé sur les appétits du corps et les passions qui prennent leur origine dans les sens. Enfin la justice, que les grands moralistes de l'antiquité ne comprenaient pas sans la bienfaisance et sans l'amour du genre humain , comprend tous les devoirs que nous avons à remplir envers nos semblables.

Il n'en est pas moins vrai que la distinction des vertus cardinales offre une division moins logique et moins facile à saisir que celle de nos devoirs.

Quant à l'ordre qu'il faut suivre jians l'exposition de ces devoirs, il est évident qu'il faut commencer par ceux qui nous concernent nous-mêmes , car si l'homme n'avait pas de devoirs envers lui-même , c'est-à-dire envers chacune des facultés qui existent en lui , les mêmes facultés n'auraient pas plus de titres à son reâpect chez les autres , et la nature humaine tout entière* serait placée en dehors des règles de la morale. C'est encore par respect pour la nature humaine que nous pouvons nous croire obligés à des ménagements et à un sentiment de pitié envers toutes les créatures vivantes. Enfin, ce n'est qu'après avoir, autant que cela est en notre pouvoir, élevé notre âme, développé notre intelligence, compris ce qu'at-

5i MORALE POUR TOUS

tend de nous de charité, d'abnégation, de reconnaissance, la société de nos semblables , que nous serons capables de nous faire une idée de ce que nous devons au Créateur.

Page 1