MORALE SOCIALE
ttevoirs de rhomme envers ses semblables ou envers la société; Division et classification de ce« devoirs. — La famille , premier fondement de la Bociété et condition nécessaire des moeurs publiques. — Comment la félicité des peuples augmente ou diminue selon que les liens de la famille se resserrent ou se relâchent. — Du mariage et des devoirs qui en découlent.
Nous venons d'exposer les lois qui règlent la conduite de l'homme envers lui-même ou les devoirs de l'individu. Mais il ne faut pas confondre l'indi*- Tidu avec l'homme isolé. L'homme isolé, ou commi"
on rappelait dans la langue philosophique du xviii® siècle, rhomme de la nature n'a jamais existé. Le seul état dans lequel nous puissions naître et vivre, développer nos facultés, acquérir le sentiment de notre dignité morale, c'est la société. Il en résulte que nous avons envers la société ou envers nos semblables des devoirs non moins impérieux que ceux qui nous sont prescrits envers nous-mêmes, puisque les derniers ne sauraient subsister sans les premiers. Nos devoirs envers la société se divisent de la même manière que la société elle-même. Or, on distingue quatre sortes de sociétés qui se pénètrent et se touchent par tous les points , qui se supposent et se soutiennent mutuellement et dont aucune ne peut se passer des trois autres. Au premier degré nous trouvons la famille. Puis en dehors de la famille nous rencontrons la société humaine en général ou celle qui existe naturellement, en raison de la similitude de leurs facultés et de leurs besoins, entre un homme et tous les autres considérés individuellement, entre un homme et son semblable, abstraction faite de tout autre rapport. Al cette société générale, régie seulement par des lois naturelles, vient se joindre la société civile, gouvernée par des lois positives, ou cette existence collective qu*on appelle un peuple, une nation ou un Etat. Enfin les peuples, les nations ou les Etats ne sauraient rester isolés les uns des autres. Ils ont entre eux, comme les individus, des rapports nécessaires; ils sont forcés comme les individus de reconnaître des lois communes, de communes obligations sans lesquelles ils ne pourraient vivre en paix un seul instant. Grâce à ces rapports et aux lois qui les régissent, ils forment une quatrième espèce de société, plus générale que les trois premières, et qui, tendant chaque jour à s'accroître, peut être appelée la société
universelle du genre humain. De là quatre espèces de devoirs envers nos semblables : ceux qui nous sont prescrits sans exception envers tous les hommes, par cela seul qu'ils participent avec nous à toutes les fa« cultes, à toutes les obligations, à tous les droits de la nature humaine; ceux qui s'adressent particulièrement à la famille, ou que nous avons à remplir, non plus seulement en qualité d'hommes, mais en qualité de père, d'époux, de fils et de frères; ceux qui trouvent leur place dans la société civile ou qui obligent les citoyens envers l'Etat et l'Etat envers les citoyens; enfin ceux que les peuples, les Etats ou les gouvernements qui les représentent sont tenus d'observer les uns envers les autres et qu'on désigne dans leur ensemble sous le nom de droit international ou de droit des gens.
Pour se conformer à l'ordre que la logique lui impose, la morale sociale devrait s'occuper d'abord de nos devoirs envers les hommes en général; car les devoirs qui appartiennent à cette classe sont le fondement nécessaire de tous les autres. Avant d'être père ou époux, frère ou fils, simple citoyen ou homme public dans un Etat, représentant et fondé de pouvoir d'une nation auprès des nations voisines, on est homme, et ce titre que nous sommes obligés de garder intact en nous-mêmes, il nous est commandé de le respecter chez nos semblables, quels qu'ils soient. Ce n'est qu'à la suite des devoirs qui découlent immédiatement de notre nature, que nous aurions à traiter des différentes sociétés que les hommes forment entre eux : d'abord de la famille, parce qu'elle se trouve le plus près de l'individu; ensuite de l'Etat et enfin de la société universelle; mais il faut remarquer que l'ordre logique n'est pas celui que nous présentent les faits ou la réalité. Dans la réalité; c'est la famille qui
occupe (e premier rang. Elle est la condition de toute éducation morale, par conséquent de toute relation sociale, de tout commerce d'humanité et de justice entre Thomme et son semblable. C'est donc à la fa* raille qu'il convient de s'arrêter d'abord.