La religion^ la morale et la science, p
IMMtLÀ.
la volonté du Père, accomplie à l^heure de la force, acceptée à l'heure de la faiblesse, est toujours aimée, obéie librement ; si bien que dans l'âme indomptée du grand « organisateur de la victoire », le Fiat voluntas ! même sous les pâles oliviers du Jardin, a l'accent d'un héroïque Fiat lux !
Et Eenan ose écrire, à propos de Marc-Aurèle : « La plus solide bonté est celle qui se fonde sur le parfait ennui, sur la vue claire de ce fait que tout en ce monde est frivole et sans fond réel. La bonté du sceptique est la plus assurée. Marc-Aurèle arriva à l'absolue indulgence, à l'indifférence tempérée par la pitié et le dédain. Il avait atteint le nirvana bouddhique, la paix du Christ ».
Etrange nirvana dont jaillirent, comme d'un volcan, les Actes des apôtres ! Tout le monde sait que la première égUse, à Jérusalem, fut composée à^Hnsoumis (« mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes ») — de communistes (« nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre ») — et de visionnaires qui sapaient les fondations de l'Empire. Qu'on rehse, au cours des âges, l'histoire des sectes, des hérésies, des mouvements réformateurs : « Pauvres de Lyon » — « Vaudois » — « Anabaptistes » — disciples de Savonarole ou de François d'Assise, tous arborent la bannière d'un christianisme social oti rougeoie, déjà, le socialisme chrétien. Aujourd'hui même, ce drapeau flotte, plus haut que jamais, au-dessus des églises.
Où est la résignation dans ces véhémentes protestations du Père Gratry : « Que dire de mon étonnement
le jour où j'appris qu'il y avait des pauvres, des mères et des petits enfants qui avaient faim ? Et lorsque, aussitôt décidé à tout faire pour qu'U n'en fût plus ainsi, l'on m'arrêta, et l'on m'apprit qu'on n'y pouvait rien changer, ô Dieu; le grand soulèvement d'âme que je sentis alors ! » On se rappeUe aussi, dans ses Souvenirs de jeunesse, la belle page où il raconte comment il entra dans une église, y fit vœu de pauvreté, et jura devant l'autel, en étendant la main, de se vouer à l'humanité souffrante.
Le pasteur T. FaUot, qui usa prématurément ses forces au service de la Ligue pour le relèvement de la moralité publique, fut le champion de ce qu'il appelait « la piété qui proteste ». Il s'écriait : « Protestons, par la parole et par l'exemple, contre les doctrines homicides et les sophismes de la fange qui font le jeu de toutes les violences, en étabhssant l'irrémédiable déchéance de l'humanité... C'est en vous refusant à toute concession au mal, en substituant aux stériles étroitesses de la pensée, qui ne coûtent rien, les saintes étroitesses de la conscience, que vous inculquerez à vos enfants cette piété virile qui sera plus tard leur meilleure sauvegarde i ».
Et le pasteur zurichois Kutter, dans son fameux hvre Dieu les mène, présentait naguère en ces termes l'apologie des socialistes : « Ils sont révolutionnaires, parce que Dieu l'est. Il faut qu'ils avancent, parce qu'il faut que le royaume de Dieu avance. Ils sont les