Pourtiuoi sommes-nous chrétiens sociaux?... P
3. « Par contre, rincompatibililé paraft absolue entre le socialisme
l'acceptation DE LA VIE : LA RÉSIGNATION 163
En résumé, le christianisme (traduction grecque du terme hébreu « messianisme ») est missionnaire par essence. Il n'accepte ni le paganisme en Afrique, ni le paupérisme en Europe, ni le capitalisme, ni le régime de la paix armée. . .
Or, le chrétien authentique ne se résoud pas plus an mal moral pour lui-même que pour la société. H refuse de se résigner à l'imperfection, qu'il flétrit du nom de péché ; le Christ n'a-t-il pas dit : « Soyez parfaits ! » Donc, U répudie le dicton banal : On ne change vas sa nature. 11 s'inscrit en faux contre un tel fatalisme, il croit à la régénération ; et ce drame de la libération intérieure, de la rédemption morale, est peint par saint Paul, en couleurs indélébiles, dans la fresque de l'épître aux Eomains, aux chapitres vn et vm : « La loi de l'esprit de vie nous a affranchis de la loi du péché et de la mort ».
Allons plus loin. I^on seulement, le chrétien ne se réconcilie pas avec son caractère, mais il n'accepte même point son passé : il ne croit pas à l'irréparable; il refuse de souscrire au déterminisme théosophique, à la doctrine bouddhique du Karma, c'est une résignation bonne pour « le sage », personnage hypothétique ! M. Jacob écrit à propos de cet être rare : a II accepte d'autant mieux la mort, qu'il sait qu'eUe ne peut rien contre les vertus qu'il a pratiqué s, les services qu'il a rendus, les exemples qu'il a donnés ».
tll ?n^''.!îf ™'- ," C^« t^^'"''^"^"^ ^"^^^« justiliées, .,uatre ans plus tard, en 1«J1() par la condamnation papale du Sillon. (Cf. Essais socialistes, p. 136.)
Ces dernières paroles sont terribles, appliquées au viveur, au pornographe, au méchant, condamnés à perpétrer l'homicide spirituel à perpétuité.
Au contraire, la doctrine évangélique du pardon accordé à la repentance, au fils prodigue revenu à la maison paternelle, permet au pécheur tombé de ne jamais se résigner à sa déchéance. « Si vos péchés sont rouges comme le cramoisi, annonçait le prophète, ils deviendront blancs comme la neige. » Au nom d'une telle assurance, le prédicateur anglais, Kobertson, enseignait hardiment que la condition du progrès dans la vie chrétienne, c'est l'oubli délibéré du passé ; c'est le remords, déclare-t-il, qui a perdu Judas, a Si la satisfaction de soi-même a tué ses mille, le remords a tué ses dix mille ^ » La doctrine traditionnelle de l'expiation substitutive au Calvaire, avec le dogme de la satisfaction vicaire, est-eUe autre chose, psychologiquement parlant, qu'un appel grandiose au pécheur, invité à tenir son passé pour nul et non avenu ? Le professeur stoïcien se trompe donc, en écrivant : « Il est difficile aux croyants d'envisager sans angoisse l'heure du jugement surnaturel, car nul ne connaît assez profondément les derniers mobiles de sa conscience pour être sûr de sod mérite moral et pour s'attribuer, s'il est croyant, la certitude du salut - ». L'apôtre Paul a frappé, au contraire, la formule classique de la foi : « Le salaire du péché, c'est la
4. Cf. les deux sermons intitulés : Christian progress by oblivion of the past et Triumph over hindrances (Leipzig).