Institution chrétienne, III, 8, 9 et
suis toujours heureux. J'éprouve une joie si continuelle et si grande, que je puis à peine la contenir i ».
Et voici un cas de souffrance physique éclairée, sublimisée. Au siècle dernier, un célèbre prédicateur protestant mourut dans des douleurs atroces, prolongées durant des mois. Quelques-uns des ciis que lui arrachaient ses tortures sont parvenus jusqu'à nous.
8 décembre 1855 : « O douleur de souffrir ! O grâce de souffrir en Christ ! » — 10 décembre : « Un rayon ! un rayon ! un rayon ! O mon Dieu ! donne-moi quelque chose d'autre à faire en ce monde, que de souffrir. O mon Sauveur! tu as souffert bien plus que moi... Mon Dieu, je te rends grâces !» — 13 décembre : « Mon Dieu ! je ne dis pas, comme le philosophe païen : O douleur ! tu ne me feras pas confesser que tu es un mal. Mais je dis : O douleur ! je saurai te forcer à confesser que tu es un bien ». — 15 décembre : « Mon Dieu ! je te rends grâces pour cette longue, cette cruelle, et selon toutes les apparences, cette mortelle maladie ». — 12 janvier : « Je sens toujours plus que ce n'est pas négativement, mais positivement, qu'il faut combattre une grande douleur. La véritable patience ne vient pas en se disant : Il faut que je me soumette à cette douleur... Elle fait plus : elle se nourrit de la force de Dieu, elle reçoit le Saint-Esprit, et c'est dans la puissance de Dieu, dans la joie de Jésus-Christ, qu'elle combat la douleur et qu'elle en triomphe - ».
i. La présence de Dieu dans la vie de tous les jours (Lausanne), î. Cf. Adolphe Monod, Vie et Lettres. Doux volumes in-8».
Allons jusqu'au bout de la protestation des croyants : le chrétien ne se résigne pas à la mort.
Les socialistes belges ont publié l'évangile selon saint Matthieu parmi leurs brochures de propagande ^ ; mais ils arrêtent le récit au dernier cri de Jésus en croix. Or, ce n'est }>as là que s'arrête l'épopée évangélique. Le pharisien Saiil de Tarse, fanatique persécuteur de l'EgUse naissante, n'a-t-il pas été converti par la rencontre du Glorifié, par la certitude que le Christ avait triomphé de la mort ! Un fonctionnaire de César définissait, ironiquement, la prédication de ce nouvel apôtre en ces termes : a On dispute au gujet d'un nommé Jésus qui est mort, et que Paul afSrme être vivant. » Au fond, les documents du christianisme primitif sont un hymne prolongé au Ressuscité. « La mort est à vous ! » écrit l'auteur sacré. Et encore : « Mourir, c'est gagner ! » Et encore : t Jésus- Christ a détruit la mort, il a mis en évidence la vie et l'immortalité. » Et encore : o Le monde passe avec sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement ».
L'âme rempUe de telles vibrations, le chrétien ne croit pas à la mort pour lui-même. Il y a peu d'années, un pasteur de Paris, septuagénaire, aveugle, expirant, proférait des ultima verba de ce genre : « Une vie finie, un ministère fini, oh ! que cela est grand. Mais je n'ai aucune peur. Christ est là ! Toute la Rédemption se presse dans ces heures où tout s'accomplit. Tout
est là ! Tout est infini ! Tout est ratifié !... Ne parlosn plus ! Rien, rien ! Il y a tout dans ce rien... Que c'est beau la mort ! Jésus la nomme la vie éternelle... Il n'y a plus de princesse, il n'y a plus de Palatine ! Je m'en vais voir comment Dieu me traitera, mais j'espère en sa miséricorde... Nous verrons là-haut de bien plus belles choses ; Dieu n'est jamais au bout de son rouleau. A présent, la vie m'a donné son maximum. Ce qui est écrit, est écrit, non en caractèr ^s terrestres, mais avec le sceau de l'éternité. O mort, oti esfc ton aiguillon î O sépulcre, où es- ta victoire ? Jésus a jeté un défi à la mort ; oui, il est le plus'fort ».
Si le chrétien ne croit pas à la, mort pour lui-même, il n'y croit pas davantage pour les siens. En 1908, le secrétaire de « l'Union des Ubres penseurs et des libres croyants, » un jeune homme de vingt ans, étudiant en droit, voué à un brillant avenir, plein de nobles et légitimes ambitions, était frappé de congestion pulmonaire, enlevé en quelques jours. Chrétien convaincu, il resta fidèle, jusqu'au bout, à sa devise : Curro ad lumen ardens. La garde-malade qui l'avait soigné disait à son sujet : « Je n'ai vu personne mourir de la sorte. Au lieu de lui cacher la gravité de son état, sa inère lui parlait de sa fin prochaine ; il l'écoutait avec un sourire, en regardant vers le cieP »... S'étonnerat-on d'apprendre qu'après sa disparition, jamais cette mère héroïque n'a parlé de son fils comme s'il avait cessé de vivre ? On a même publié, en souvenir de lui.