‹ Morale religieuse et morale laïque [microform]Chapitre 20 sur 89 · Le Père Hecker '^Biographie · texte numérisé non relu

Le Père Hecker '^Biographie

Vient un moment où le mot de Montaigne sur les causes de son amitié pour La Boétie : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi ! » doit se répéter pour expliquer la nature de nos relations avec l'Esprit qui s'est manifesté, d'une manière à jamais révélatrice, dans le Christ. On se reconnaît mutuellement sans déjà s'être connus. Affinités électives ? Subconscient ! Intuition ! Grâce prévenante ? Prédestination î Peu importent les termes ; le fait est là.

L'Evangile ne fournit peut-être pas la réponse à la question théorique du pourquoi f Mais il répond à la question pratique du comment f Jl donne un moyen et une raison de vivre, la clé d'une serrure secrète. Il est une poésie, une passion, un enthousiasme — un esprit, le mot suffit, un esprit qui emporte tout.

La statue deMemnon ne chantait qu'au soleil ; mais il y a un « cantique des ténèbres». Attaché au grand mât, dans la tempête, sur un navire en perdition, l'honmie — ou le surhomme — entonne un hymne : « Les souffrances présentes ne sont rien, auprès de la gloire qui doit un jour se révéler pour nous. Sans doute, la création entière gémit, elle est dans les affres de l'enfantement ; mais nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous î Qui nous arrachera à l'amour du Christ ? Sera-ce la tribulation *? on l'angoisse f on la persécution ? ou la faim ? ou le dénuement î ou les périls ? ou le glaive t Mais, dans tous ces combats, nous restons plus que vainqueurs, grâce à celui qui nous a aimés. Oui, Je

suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les démons, ni le présent, ni l'avenir, ni les forces d'en haut, ni les forces d'en bas, ni aucune créature au monde ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ Notre Seigneur i » !

Vainqueurs et plus que vainqueurs .'... Devise donnée aux esclaves chrétiens de la Eome impériale, sous Néron !

Voilà qui est plus que l'acceptation de la vie. C'est plus que la résignation ; c'est la victoire, et même une survictoire, une victoire au maximum, le comble de la victoire — du moins dans les conditions actuelles de l'existence humaine.

Car il reste toujours, pour l'âme comme pour les yeux, une raie sombre dans le spectre solaire, une tache obscure, visible pour tous les hommes, qu'ils soient chrétiens ou stoïciens ; et c'est devant ce point noir, plus ou moins résorbé dans la lumière ambiante, mais jamais effacé, que toutes les âmes sincères et sérieuses communient dans le sentiment de leur fraternité foncière.

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