‹ Morale sociale [microform]Chapitre 10 sur 83 · VUES D'ENSEMBLE · texte numérisé non relu

VUES D'ENSEMBLE

Par le D- E. DELBET

Député de Seine-et-Marne.

Directeur du Collège libre des Sciences sociales.

(23 janvier 1899.)

Mesdames, Messieurs,

En conviant des hommes de science et de bonne volonté à faire une série de conférences sur la morale, noire Collège a décidé que chacun des professeurs serait absolument libre de choisir son sujet et de le traiter à sa manière. — Ce n'est ici d'ailleurs que l'application, dans un cas particulier, de la règle qui préside à notre enseignement.

Je vais user de cette liberté en ajoutant une leçon d'ensemble sur la Morale positive, à la série des leçons sur le positivisme que je professe ici depuis la fondation du Collège. J'obéis, en le faisant, à une conviction profonde qui date déjà de plus d'un demi-siècle. J'avais seize ans quand j'entrai en relation avec Auguste Comte et commençai l'étude du positivisme. Depuis, cette doctrine n'a cessé d'être mon guide intellectuel et moral ; chaque jour j'ai senti s'affermir les convictions qui m'y

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allachent : je lui dois la paix de l'esprit et du cœur; je lui dois surtout l'inappréciable avantage de pouvoir tout comprendre dans le passé et dans le présent, en jugeant toutes choses, sans haine et sans passion, au point de vue relatif. Je serais vraiment bien ingrat si je ne consacrais ma vie à répandre et à faire apprécier cette grande doctrine qui a pour base la relativité de la connaissance, seul principe réellement absolu.

Le positivisme embrasse le savoir humain tout entier. Auguste Comte en a coordonné les diverses parties dans sa célèbre classification des sciences fondée sur le double principe de la généralité décroissante et de la complication croissante des phénomènes. Elle partde l'ordre matériel pour s'élever à l'ordre vital et à l'ordre humain, social et personnel. Au sommet de cette échelle grandiose apparaît comme septième et dernière science, la Morale. Moins générale et plus complexe que toutes les autres, elle les résume toutes; elle est le but et l'aboutissant de toutes les autres connaissances qui ne sont pour ainsi dire que préliminaires et préparatoires. N'est-elle pas, en effet, la science de l'homme lui-même qui, dans son indivisible existence, est le seul objet final de toute théorie humaine?

Auguste Comte après avoir assigné à la Morale cette place éminente entre toutes, n a pu avant sa mort, écrire le traité qu'il devait lui consacrer ; mais il en a laissé le plan, et son successeur Pierre Laffitte Fa développé dans une série de mémorables leçons, professées à la Sorbonne, en cours libre. C'est d'après ces travaux et quelques études qui me sont propres, que je vais essayer de présenter une vue d'ensemble sur la Morale et sur son évolution vers la positivité. Le champ est immense; je ne pourrai toucher que le sommet des choses, trop heureux si je réussis à faire comprendre la portée des

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