‹ Morale sociale [microform]Chapitre 9 sur 83 · RALE SOCIALE. EMILE BOUTROUX · texte numérisé non relu

RALE SOCIALE. EMILE BOUTROUX

mes, et de noire solidarité à Tégard du passé , et des directions où s'engage, dans le présent, l'activité des hommes? A la morale de l'humanité doit se joindre la morale de Thomme particulier que nous sommes, selon notre situation dans le monde et dans la société.

Mais, en se mêlant ainsi aux sciences positives, la morale changera-t-elle de nature ? Deviendra-t-elle, elle aussi, une science de fait ? Renoncera-t-elle à l'idéalisme qui a été jusqu'ici son caractère ? Il n'a pas encore été démontré clairement qu'il en doive être ainsi. Les sciences positives peuvent et doivent rendre à la morale les plus grands services : elles donneront une matière à ses principes , elles traduiront ses idées en formules. Et la formule, a dit l'idéaliste Fichte, est pour l'homme un bienfait du plus grand prix. Mais les sciences positives ne peuvent absorber la morale. L'heure n'est pas encore venue, et ne viendra peut-être jamais , où l'on pourra résoudre le problème de notre devoir par l'embryologie ou la thermodynamique. La morale doit conserver son originalité , procéder suivant la méthode qui lui est propre, et se servir des sciences sans s'y asservir. Si elle vise à se manifester dans des formules, conditions de sa rigueur et de son efficacité, elle ne peut toutefois s'y emprisonner. Elle est inunie comme l'âme humaine.

Tels seraient, semble-t-il, les premiers traits d'une théorie de la recherche en matière morale. Sont-ce là des vues particulières? N'est-ce pas plutôt l'esprit qui circule à travers les conférences mêmes qui sont réunies dans ce livre? S'il en est ainsi, l'idée qui a présidé à l'organisation de ces conférences n'est-elle pas pleinement justifiée? Les divergences qui peuvent s'y manifester sont, en somme, moins importantes que les ressemblances. A voir ainsi plusieurs esprits parfaitement indépendants,

AVANT-PROPOS

sans aucune entente préalable, s'accorder sur plusieurs points essentiels, on ne peut que prendre confiance dans l'efficacité de la libre recherche, et espérer voir se réaliser de plus en plus cette harmonie de l'unité et de la variété, de l'universel et de l'individuel, qui est la vie et

qui est l'idéale

Emile Boutroux.

15 juin 1899.

(1) Les quatorze conférences que l'on réunit ici ayant été faites sur des sujets déterminés séparément par les auteurs, sans entente préalable, il n'a pas paru qu'il y eût lieu de chercher à les classer après coup suivant un ordre logique. Ce classement, outre qu'il serait artificiel, risquerait d'induire le lecteur en erreur sur la pensée qui a présidé à Torganisation. Il ne s'agissait pas d'un enseignement, mais d'une sorte d'examen de conscience, auquel étaient conviées les personnes qui réfléchissent sur les questions morales. On a pensé que l'ordre le plus naturel était l'ordre chonologique. tout fortuit, suivant lequel les conférences ont été faites.

M. Fonsegrive, professeur au lycée Buffon et directeur de la Quinzaine, a donné, le 13 mars, une conférence sur V En tente morale. A son regret et au regret de tous, ses occupations ne lui ont pas permis de reconstituer cette conférence, sur laquelle il n'avait que de simplesnotes. 11 paraîtra plus tard dans la Quinzaine,

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