L. hAl ItlAC
LA 3I0UALE DES GRECS ET LA CRISE ACTUELLE
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d'une loi impérative dénote une analyse incomplète, et par la même insuffisamment pénétrante. Dire : « 11 est une loi morale impérative, catégorique », revient à dire : « L'homme se sent obligé. C'est là un fait, non pas de raison ni de métaphysique, mais d'observation interne et de psychologie.» Est-ce bien là un fait d'observation interne et qui ne risque d'être tenu en échec par aucun autre fait, lui aussi, d'observation intérieure? Et si la loi morale a dû attendre près de quarante siècles de civilisation pour se faire reconnaître, comment la proclamer évidente lorsqu'il est manifeste que les Grecs ne l'ont pas connue?
On alléguera ce qui est dit par Platon des lois non écrites, on citera Gicéron et on s'exaltera en présence d'une page retentissante d'un plaidoyer célèbre. Oui, Gicéron parle des lois qui sont les mômes à Athènes et à Rome. Et même il en parle au singulier. Et c'est pour cette raison qu'il a tout l'air de devancer Rant. En réalité, il ne devance personne. Il constate simplement la nécessité du lien social, et, pour que ce lien subsiste, du respect des droits naturels. La loi qu'il salue en termes magnifiques n'est point la loi formelle de Kant. C'est une loi universelle dans sa matière, et ce n'est rien de plus.
Donc il s'agit de savoir ce que vaut la doctrine de Kant. Elle peut être d'un prix supérieur à toutes les autres doctrines de morale si l'on veut la considérer comme un idéal, comme un modèle d'attitude intérieure à la portée du plus humble comme du plus richement doté parmi les hommes. Quant à nous la présenter comme révélatrice d'un ordre réel et supranaturel tout ensemble, d'un ordre étranger au monde de l'espace et du temps, mais supérieur à ce monde, c'est là une tentative dont il serait peutêtre prudent de désespérer désormais.
S'il entrait dans notre sujet de discuter la signification profonde de la morale kantienne, il serait intéressant de
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MORALE SOCIALE. L. DAIKIAC
morale ne larde pas à rentrer dans eelle de la loi di\ine. Et la dialectique morale, ainsi que l'on pourrait dire, a vile rejoint la dialectique religieuse : la morale autonome de Rant a dépouillé son autonomie.
Et voilà la morale adossée à une métaphysique, et la nécessité s'impose, pour que le devoir soit, de démontrer que Dieu est ; c'est assez ce que l'on sait ou l'on croit savoir impossible. Et le progrès des doctrines évohitîonnisles accentue de jour en jour cette impossibilité.
Là nous parait être l'origine de cette « détresse morale » sur laquelle on s'interroge si souvent avec inquiétude. Et l'on s'interroge le plus souvent sans répondre. On pressent que ce besoin pour affirmer le devoir de sentir quelqu'un derrière soi n'est point le propre d'urnes courageuses. En effet, ne pas comprendre que la moralité puisse être, dans le cas où Dieu ne serait point, c'est véritablement faire injure h Dieu dans le cas oîi Dieu serait, c'est obéir au gendarme parce qu'il porte des armes et non parce qu'il représente la loi. C'est encore faire reposer la foi sur l'espérance au lieu que ce soit Tespérance qui repose sur la foi.
El l'on aperçoit aisément le caractère de cette crise, qui est à bien des égards une crise de paresse et d'égoïsme: crise de paresse : on se lasse de faire effort; crise d'égoïsme : on consentirait peut-être à faire effort si Ton était sûr d'être rémunéré. J'entends bien ce qu'on me réplique et que je me méprends sur ce que l'on souhaite. Vous dites « rémunérateur» : ce n'est pas exact. On souhaite un témoin. Est-ce bien sûr? Et puis on souhaite que ce témoin ne manque ni de sincérité ni de véracité. Or quelle serait la garantie de sa véracité, sinon précisément sa qualité de rémunérateur? Mais nous prenons mal le problème. Mais ce que nous disons des garanties réclamées en faveur de l'existence
LA MORALE DES GRECS ET LA CRISE ACTL'ELLE 315
d'une loi împérative dénote une analyse incomplète, el par la même insuffisamment pénétrante. Dire : « U est une loi morale impérative, catégorique >, revient à dire : « L'homme se sent obligé. C'est là un fait, non pas de raison ni de métaphysique, mais d'observation interne el de psychologie. » Est-ce bien là un fait d'observation interne el qui ne risque d'être tenu en échec par aucun autre fait, lui aussi, d'observation intérieure? Et si la loi morale a dû attendre près de quarante siècles de civilisation pour se faire reconnaître, comment la proclamer évidente lorsqu'il est manifeste que les Grecs ne l'ont pas connue?
On alléguera ce qui est dit par Platou des lois non écrites, on citera Cicéron et on s'exaltera en présence d'une page retentissante d'un plaidoyer célèbre. Oui, Cicéron parie des lois qui sont les mêmes à Athènes et à Rome. Et même il en parie au singulier. Et c'est pour cette raison qu'il a tout l'air de devancer Kant. En réalité, il ne devance personne. Il constate simplement la nécessité du lien social, et, pour que ce lien subsiste, du respect des droits naturels. La loi qu'il salue en termes magnifiques n'est point la loi formelle de Rant. C'est une loi universelle dans sa matière, et ce n'est rien de plus.
Donc il s'agit de savoir ce que vaut la doctrine de Kant. Elle peut être d'un prix supérieur à toutes les autres doctrines de morale si l'on veut la considérer comme un idéal, comme un modèle d'attitude intérieure à la portée du plus humble comme du plus richement doté parmi les hommes. Quant à nous la présenter comme révélatrice d'un ordre réel et supranaturel tout ensemble, d'un ordre étranger au monde de l'espace et du temps, mais supérieur à ce monde, c'est là une tentative dont il serait peutêtre prudent de désespérer désormais.
S'il entrait dans notre sujet de discuter la signification profonde de la morale kantienne, il serait intéressant de