CHAPITRE III De la vertu de charité
SECTION I
De la charité naturelle et prêter naturelle.
Article I. — Théorie générale.
Théorème LX.
447. — Il y a réelle utilité à considérer la charité dans V ordre naturel et préternaturel, en tant qu amour d'abord, puis en tant qu'amour religieux, a/ïn de la mieux comprendre sous sa forme théologale dans l'ordre surnaturel.
448. — Ce Chapitre III^ a pour objet la charité, c'est-àdire la plus sublime de toutes les vertus, même théologales. Car elle est la plus sainte, étant toujours unie à la grâce sanctifiante; la plus efficace, produisant nécessairement la réconciliation ou l'union avec Dieu ; la plus complète, embrassant tous les devoirs des autres vertus avec les siens propres; la plus sûre, excluant toutes les formes du péché mortel et du vice; la plus durable, pouvant sans doute être détruite en cette vie par des fautes volontaires et graves, mais destinée à s'épanouir pleinement dans l'autre où la foi ni l'espérance d'à présent n'ont plus de place. — Après les longues controverses dont elle a été le sujet au temps du jansénisme,
elle est suffisamment élucidée par l'autorité de l'Eglise et par le travail de l'École, pour ne plus nous offrir de grandes difficultés et ne plus réclamer de nous d'interminables discussions. — Nous en étudierons premièrement l'essai et pour ainsi dire l'ébauche dans l'ordre naturel, quelque peu même dans l'ordre préternaturel. Nous dissiperons par là-même les plus épaisses ténèbres dont l'hérésie l'enveloppait naguère; et nous préviendrons quantité d'objections dirigées contre la vérité catholique au nom d'une prétendue philosophie rationnelle qui n'était en réalité qu'un écho du protestantisme et du baïanisme. — Après cette étude préliminaire, nous en consacrerons une deuxième à la charité proprement dite, à la vertu surnaturelle et théologale de charité. — Deux Sections se partageront donc notre Chapitre IIP. f
449. — La 1^ Section se divisera elle-même en deux Articles. — Fidèle à la méthode que nous avons employée pour la foi et l'espérance, nous examinerons d'abord d'une manière ^^;?eVa/^ l'essence naturelle ou préternatu- f relie de la charité. Nous l'examinerons ensuite sous le rapport spécialement religieux : non certes que nous soyons le moins du monde partisan d'une religion ou d'une morale naturelles; mais parce que l'on ne comprend pas bien la révélation si l'on ne connaît exactement la philosophie, et que l'on ne fait jamais de bonne théologie sans le secours d'une saine et soigneuse raison (1). ^
Théorème LXI.
450. — Vamour remplit et meut le monde ; mente dans les sphères inférieures à Vhommey il apparaît souvent avec tm caractère de désintéressement qui se manifeste plus efficacement dans la volonté humaine et surtout dans la volonté angélique; l'amour désintéressé est donc naturellement et préternaturellement réel.
(1) Pour cette tliéarie générale, voir S. François de Sales, Traité de Vatiiour de Dieu, livre I. — C'est une admirable exposition de la doctrine scolastiqne