LA FOI EN GENERAL
la raison qui oxamino froidement, avec la sagesse qui choisit discrètement, avec la vertu qui persévère patiemment.
26. Libre et prudente, la foi habituelle est une disposition raisonnée et réfléchie de confiance; la foi actuelle est rappiic^ilion de cette confiance à un sujet et pour un objet déterminés. Los noms mêmes sont identiques ici : foi et confiance (in ivanqvxis, fîdes et fiducia en latin, sont de vrais synonymes; et \a fidélité ^ la féauté d'autrefois, n'est que la sage et raisonnable durée de la foi ou confiance précédemment donnée. Qui ne se fe pas, qui ne se confie pas, qui n'est pas fidèle, n'a pas ou ne conserve pas la foi. — Et parce que « la confiance, dit le proverbe, ne se commande pos » et ne s'impose pas, mais présuppose des motifs graves et des raisons persuasives, elle nous ramène logiquement à celte prudence et à cette liberté q\\ qui nous avons déjà reconnu les conditions essentielles de la foi
27. — La foi, mu3 par la confiance, confie quelque chose à la personne envers laquelle elle s'exerce : elle lui confie un dépôt, elle lui accorde un crédit, elle lui reconnaît une créance active dont elle se constitue la débitrice. — S'agit-il de la foi théorique, spéculative? L'intelligence se confie elle-même à l'autorité du témoin ; elle admet ce qu'il afïirme, non parce qu'elle en voit l'évidence, mais parce qu'il l'atteste ; elle fait crédit à sa parole, elle accorde croyance à ses dires, elle reconnaît son droit à être cru, elle se déclare obligée de le croire, elle accomplit enfin ce devoir en s'en remettant des preuves de l'assertion à la bonne et loyale conscience du témoin (i). — S'agit-il de la foi pratique, morale? La volonté se confie elle-même à la sagesse et à la bonté de celui qui a gagné son estime, mérité sa fidèle adhésion; elle obéit à ses ordres ou à ses conseils, non pas préci-
(1) Elle exige sans doute des preuves de l'aiitoritJ du témoin, et veut (es connaître par elle-même : mais elle b'en rapporte à lui des preuves du fait ou de la vérité qu'il affirme. Si elle voulait s'en enquérir et en juger, elle no croirait plus, tlle raisonnerait j^ovlt savoir.
sèment parce que la justesse ou l'opportunité en sont évidentes, mais parce qu'ils viennent de lui; elle accorde crédit et croyance à la prudence de sa direction; elle se fait un devoir de le suivre, de lui appartenir, comme un emprunteur à son prêteur, parfois comme un esclave à son maître, le plus souvent comme un ami sincère à un ami loyal.
23. — Il résulte de là qu'en faisant un acte de foi, l'on fait toujours un sacrifice, un renoncement, une cession partielle de sa personnalité ou de son avoir, en faveur d'autrui sans doute, mais finalement avec un réel profit pour soi-même quand la foi est raisonnable, quand la confiance de l'intelligence ou de la volonté est vraiment bien placée. —Mais, en attendant, c'est un sacrifice pour la raison humaine que de consentir à croire ce qu'elle ne voit pas, ce qu'elle ne peut découvrir par ses recherches propres, ce qu'on lui montre sans le lui démontrer; et c'est un sacrifice pour elle, parce que c'est renoncer à son autonomie, à son indépendance, en se mettant sous le joug de l'autorité, et en s'en remettant à celle-ci du droit de déterminer ce qu'il faut penser ou non relativement à un objet actuellement éloigné, inaccessible et obscur. — C'est un sacrifice pour notre volonté que de consentir à vouloir et à faire ce qu'un autre veut; que de le laisser maître d'incliner notre liberté où il lui plaît; que de lui céder au moins provisoirement, au moins quant à l'usage ou quant à la direction, quelque part de nos biens intérieurs ou extérieurs, spirituels ou matériels : car nous avons un goût si prononcé pour l'indépendance, pour la propriété, pour la centralisation do tous nos intérêts en nous-mêmes, que nous en redoutons extrêmement la moindre altération, la moindre aliénation surtout. — La foi, l'acte de foi, la fidélité, sont donc toujours pénibles, si elles ne sont inpirées par un secret égoïsme, ou par un puissant amour, ou encore, ce qui vaut beaucoup mieux, par une haute raison et par une grâce spéciale de Dieu.