LA FOI EN GÉNÉRAL
29. La doctrine exposée dans ce Théorème s'éclaire utilement de deux textes bibliques fort célèbres. — « Je sais, dit saint Paul, à qui j'ai cru », — ou bien, « à qui je me suis confié, » car le mot latin credidi a ces deux sens de même que le mot français crédit; « et je suis certain quil a la puissance de garder mon dépôt » (1). — Bien que cela soit spécialement appliqué à Tordre surnaturel et à la vertu théologale d'espérance ou de foi, nul doute qu'on ne doive l'étendre aussi à toute foi naturelle ou préternaturelle, à toute confiance et croyance spéculative ou pratique. Pour croire, pour se fier, il faut savoir à qui l'on accorde crédit et confiance; il faut s'y déterminer uniquement par la certitude que l'on se fie et que Ton croit à une puissance scientifique ou morale : moyennant quoi, l'on peut et doit remettre son dépôt à cette sûre et digne garde, se consolant du sacrifice présent par le bénéfice à venir, comme l'Apôtre livrait joyeusement son existence et son être tout entiers au juste Juge, « pour le jour » de l'éternelle et infinie récompense (2). — « Ces choses ont été écrites, dit l'évangéliste saint Jean, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ fils de Dieu, et que y (le) croyant^ vous ayez la vie (surnaturelle) en son nom (3j. » On ne vous demande pas de croire sans preuves à sa divinité, à sa révélation, au mystère de sa grâce surnaturelle : ce serait un sacrifice, non plus de la raison, mais contre la raison. Ce que l'on vous demande, c'est d'examiner les preuves contenues dans l'Évangile, de les contrôler, d'en tirer los conséquences. Dès lors le sacrifice de votre esprit à l'autorité divine, à la révélation divine, est plein de sagesse et de précieuses compensations : la vie chrétienne, la vie éternelle, sont le don
(1) Il ÏIM., I, 12 : 'Oioa yàp «o TieTiîcrTS'jxa, xa\ 7rl7:îi<r[jLa'- oti ouvato; ettiv tyiv jrapaQiQx-^v [xou fuXà^at et; èxs-'v/jv xriv ri[j,£pav. -;- Siir le sens biblique et patrlslique du verbe txkjzz^ziv, on consultera très utilemeut Suiger, Thésaurus eccL, t. II, v.
(2) Ibid., et II TiM., IV, 8.
(3) loAN., XX, 31 : « Hsec autem scripta sunt ut credatis quia Jésus est Christus filius Del, et ut credentes vitam haheatin iu uomine ejus. »
•2.,S -VERT rj s r u k o t. o G a I. E s
de Jésus h qui croit et se confie en lui. — Ainsi en est-il, toute proportion gardée, de toute foi préternaturelle et môme naturelle, si elle est prudente : elle reçoit un surcroît de vie intellectuelle ou de bonté morale pour le sacrifice qu'elle consent Hc faire, pour le dépôt de fidèle obéissance qu'elle abandonne aux mains de son maître ou de son guide.
Théorème Vil.
20, — La foi intellectuelle et la foi morale d'ordre naturel ont d'étroites relations, qui facilitent ordinairement beaucoup le passage de Vune à l'autre,
31. — La confiance, avons nous dit, est essentielle à la foi de l'intelligence comme à la foi de la volonté. Toutes deux font un sacrifice quand elles se donnent. Toutes deux aussi relèvent de la prudence, comme d'un principe moteur et directif. Leur 7iom est identique et révèle en elles une intime connexité de méthodes et de résultats : elles abdiquent une certaine pan de l'indépendance si cbère à notre nature, mais pour lui procurer, en compensation, une part de savoir ou de sécurité qu'elle ne possédait pas en propre, et que souvent elle n'eût jamais pu acquérir.
32. — Cette similitude établit entre la foi intellectuelle et la foi morale une grande facilité de passage et d'échange. — L'homme accoutumé à donner son assentiment au témoinnacje théorique d'autrui toutes les fois que de prudents motifs l'y engagent, se trouvera aisément disposé i\ l'obéissance envers la direction pratique de toute autorité sociale munie de titres recevables au jugement de la prudence. — On a donc parfaitement raison de considérer l'humilité de !a raison comme une excellente préparation à l'Iiumilité du cœur; et de regarder l'orgueil dan.s l'Jn'.oUigonco comme une cause presque fatale d'orgueil dans la volonté.