MESURE DE LA CHARITÉ
volonté divine, ce qui est le troisième et suprême degré des parfaits (1).
516. — Aimer Dieu sans mesure est donc, suivant un mot très heureux de saint Bernard, la vraie mesure d'aimer Dieu (2). En effet, il ne s'agit pas, dans les vertus théologales, de garder un juste milieu déterminé par la raison, — comme dans les vertus morales où l'objet et le motif étant finis, les sentiments qu'ils nous inspirent pourraient facilement devenir excessifs. Dans la charité au contraire, l'objet principal et le motif formel sont V infinie bonté divine qui ne peut jamais être dépassée par notre amour : celui-ci n'a donc jamais besoin d'être ramené par la raison à de justes limites (3). On ne saurait trop aimer Dieu, sa bonté, sa volonté, son amour pour lui-même et pour tout ce qu'il aime. — Quant aux créatures, nous pourrions certainement trop les aimer si nous ne les aimions pas en Dieu, pour Dieu, et comme Dieu veut que nous les aimions. La raison doit donc intervenir ici et empêcher tout excès; de même qu'elle doit mesurer, régler et tempérer les actes qui nous sont inspirés par la charité proprement dite, et que saint Thomas appelle ses « actes extérieurs. » — La charité et la raison jugeront d'un commun accord si nos oraisons, nos pénitences, nos travaux, sont suffisants ou excessifs au service et pour la gloire de Dieu (4); mais elles sont nécessairement unanimes aussi à déclarer que l'amour des plus grands saints demeurera totalement inégal à son principal objet durant l'éternité entière.