‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 116 sur 144 · Cette double distinction, d'abord entre l'amour · texte numérisé non relu

Cette double distinction, d'abord entre l'amour

(1) Cf. Deut., VI, 5; Matth., x, 37; xxii, 37, etc. — Voir aussi la théorie exposée par S. Thomas, ibid., q. 24, a. 9.

(2) De diligendo Deo, cap. i.

(3) (( Affectio illa cujus objectum subjacet judicio rationis est ratione mensuranda. Sed objectum divinge dilectionis, quod est Deus, excedit judiciuni rationis et ideo non mensuratur ratione sed rationem excedit. » [Siim. Theol., 22, q. 27, a. 6, S'^. ) — Dans la foi et dans l'espérance, il en va respectivement de même : on ne saurait jamais excéder en croyant et en espérant ce qui est vraiment de Dieu.

(4) (« Nec estsimile de interiori actu charitatis et exterioribus actibus... (qui) sunt commensurandi et secundum charitatein et secundum rationem. » (Ibid.)

de Dieu et l'amour des œuvres de Dieu, puis entre l'acte intérieur et les actes extérieurs de la charité, nous explique comment la théologie peut reconnaître plus de vertu et de mérite en certains actes d'amour théologal, et moins en certains autres, — non point seulement en raison d'une ferveur accidentelle supérieure ou inférieure, mais bien en raison de V objet secondaire ainsi aimé. Par exemple, la charité envers les amis est métaphysiquement meilleure, — mais la charité envers les ennemis est moralement plus méritoire; la charité explicite envers Dieu seul est métaphysiquement bien préférable à la charité explicite envers le seul prochain, — mais celle-ci est moralement plus difficile et par conséquent peut être considérée comme la perfection de la loi chrétienne, suivant la doctrine de l'apôtre saint Jean (1).

518. — L'intensité des actes de charité, leur énergie, leur ferveur, constitue au jugement de Dieu un titre à l'accroissement de la vertu d'où ils procèdent. Quand donc volontairement et librement nous perfectionnons notre façon d'aimer. Dieu récompense notre mérite en perfectionnant notre puissance surnaturelle d'aimer : il l'enracine plus avant dans notre volonté, il lui soumet davantage nos diverses facultés, même les plus humbles et partant les plus difficiles à vaincre (2). — Les actes faits sans un degré spécial d'effort et d'ardeur ne sont, d'après le Docteur angélique, qu'une simple disposition ou préparation à un accroissement futur de la charité infuse, quoique d'ailleurs ils soient dès à présent méritoires de la vie éternelle (3). — Pour ceux qui sont lents et tièdes, mais qui suffisent pourtant à l'accomplissement de nos obligations essentielles en fait de charité

(1) Cf. IliERûNYM., Comment, in Epist. ad Galatas, 1. Ilf, c. *}. — I et II Ep. JOAX.. passim. — Sum. TheoL, 22, q. 27, a. 7-8.

(2) « Cliaritas augetur solum per hoc quod subjectum magis ac niagls participât charitalem, id est. secundimi quod niagis reducitur in actuiii il lias ac magis subditur illi. » {Ibiti, q 2i. a. 5)

(3) Ibid., a. 4-8.

théologale, ils ne diminuent ni ne détruisent cette vertu habituelle ou infuse. La culpabilité résultant de leur tiédeur, de leur rareté, ou de quelque autre défaut véniel, ne détermine pas Dieu à retirer totalement ou partiellement le concours surnaturel qu'il prête à la charité, et sans lequel ni la charité ni aucune autre vertu ne saurait subsister. — Mais les péchés véniels peuvent du moins avoir le fâcheux effet d'empêcher les grâces actuelles d'être fort abondantes et fort capables de provoquer des actes de charité nombreux, zélés, intenses. Ce ralentissement de leur production intérieure et de leurs manifestations extérieures encourage indirectement les mauvaises passions, seconde de la même manière les tentations, et ainsi finit par mettre en grave danger la charité et la grâce sanctifiante ellesmêmes.

519. — Car, très malheureusement, l'acte d'amour théologal n'est pas invincible en ce bas monde; et la vertu infuse de charité n'y est pas inamissible, sauf en des cas tout à fait extraordinaires de « confirmation en grâce. » — Il peut se faire et fréquemment il arrive que la volonté s'attache à quelque faux plaisir, à quelque fausse utilité, réprouvés absolument par Dieu et entraînant nécessairement à leur suite la rupture de l'amiti-é, de l'union surnaturelle, qui existait entre lui et l'homme. — Il peut même se faire que la volonté prenne catégoriquement parti contre l'infinie et suprême bonté, refusant désormais de la tenir pour telle et lui déclarant haine et guerre. Moins fréquente que la première, cette seconde forme de rupture est manifestement plus coupable, plus odieuse, plus redoutable dans ses conséquences. — Que tout péché mortel, que surtout le péché haineux contre Dieu, détruise immédiatement la vertu de charité, c'est évident pour quiconque observe qu'elle ne peut subsister sans le concours divin déjà allégué précédemment, et que Dieu ne peut le prêter qu'à ses amis sincères. Comment, en effet, surnaturaliserait -il

ainsi une volonté qui précisément lui refuse obéissance et amour? Tout ce qu'il peut miséricordieusement lui accorder, c'est la possibilité du repentir et du pardon (i).

1 0. — Fécondité propre a l'acte de charité.

Théorème LXXI.

520. — Nécessairement et en vertu de sa jjropre essence, l'acte de charité théologale est un' principe incomparable de glorification extérieure pour Dieu, de sanctification intérieure p)our rÉglise.

521. — La fécondité de l'acte, et par lui de la vertu même de charité, est merveilleusement puissante, comme il convient du reste à l'acte et à la vertu les plus parfaits de la vie surnaturelle. — De soi, cet acte théologal est très glorieux pour Dieu, très avantageux pour nous, très utile pour le prochain. — Par les autres actes qu'il inspire, commande et fait exécuter, il multiplie et propage indéfiniment sa propre fécondité, sa fécondité immédiate et nécessaire. — Notre future Etude morale de la charité traitera de ces actes impérés ; quant au présent Paragraphe, il examinera en deux Théorèmes les fruits que l'acte propre ou élicite d'amour théologal produit, d'abord relativement à Dieu et au prochain, et ensuite par rapport au sujet aimant.

522. — a) L'amour ne serait pas sincère et désintéressé comme la charité doit l'être, s'il ne voulait du bien à son objet, et s'il ne lui en faisait réellement. — Dieu étant infini, quel bien pouvons-nous lui vouloir et lui faire? Assurément aucun bien qui lui soit intérieur, qui s'ajoute substantiellement ou accidentellement à son essentielle et immense bonté. Nous ne pouvons qu'ap-

(1) Cf. Sim. Theol., 22, q. 24, a. 10-12; Goncil. Trident., ôT5s. VI, c. 12, 13, 15; can. 10, 23.

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