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RÉSULTATS DE LA CHARITÉ

Théorème LXXIV.

544. — L'acte de charité informe et vivifie toutes les vertus; il procure à l'clme la béatitude de la paix, le fruit de la joie, la récompense d'une très divine et très parfaite adoption.

545. — La production de la grâce sanctifiante et de la vertu de charité par l'acte d'amour est immédiatement, logiquement, réellement, accompagnée de Vinformation ou vivification des autres vertus théologales et morales. — Jusque-là elles étaient informes et à demi mortes, incapables d'activité et de mérite complètement surnaturels, impuissantes par conséquent à nous procurer certainement la vie éternelle. Maintenant les voilà vivantes et agissantes; et c'est joar la charité qu'elles vivent et qu'elles opèrent, parce que la charité leur a donné la grâce sanctifiante, âme pour ainsi dire surnaturelle dans notre âme naturelle, principe vital d'existence et d'opération divines dans notre personnalité humaine. — S'il est donc parfaitement exact que « la foi agit par la charité (1), » qu'elle lui doit son action la plus féconde et la plus efficace, qu'elle trouve en elle son moteur le plus éner-

comme à la fois actuelle et habiluelle: elle est actuelle, puisque elle meut la volonté à aimer Dieu et à détester le péché ; elle est habituelle, puisque elle remet le péché. Le saint Docteur confondrait- il donc la grâce actuelle avec l'habituelle? Certainement non. Mais il les unit dans une seule et même inficsion comme sont unis le mouvement d'information d'une matière appelée à vivre et la forme vitale dont ce mouvement informe et anime la matière. (Cf. ibid., a. 6 et 8.) Par conséquent la doctrine que nous proposons en ce Théorème est bien celle de S. Thomas. (Cf. in II Sent., dist. 5, q. 2, a. 1 ; m IV, dist. lo, q. i, a. 4, sol. 2; a. i, sol. 3 ; Qusest. disp. de Veritate, q. xxviii, a. 8.) Le fond de cette théorie est que la justification est une génération surnaturelle dans laquelle Dieu et l'homme sont associés, et qui se termine à Vinfusion de la grâce faisant fonction d'âme surnaturelle. Or, il est impossible que le dernier moment de l'acte générateur ne soit pas le premier de la vie engendrée.

(1) llîoTTiç 5i' àyâu-o; svepyo'jp.évrj. (Gal., V, 6.) — La Vulgate traduit ce dernier mot par operattir, qu'il ne faut pas entendre au passif, comme s'il équivalait à agitatur. Si pourtant «la foi agit par la charité, » c'est comme le corps par l'âme : la charité n'est pas l'instrument de la foi, mais son principe vital et formel.

gique et son motif le plus sublime, c'est surtout parce qu'elle est informée et possédée, animée et soutenue par elle. Ce n'est pas à la foi mais à la charité qu'appartient la primauté dans la vie surnaturelle; ce n'est pas la foi qui justifie, mais la charité, — encore que la foi doive nécessairement précéder, éclairer, dicter les raisons et les obligations de l'espérance et de la charité (1).

546. — A la charité théologale qui est la suprême sagesse pratique, au don de sagesse qui l'accompagne toujours et la rend merveilleusement sensible aux touches de l'Esprit-Saint, répond la septième béatitude, la béatitude de la paix. Car la charité et la sagesse établissent un ordre tranquille dans l'âme où elles résident ; et « la tranquillité de l'ordre, dit fort justement saint Augustin (2), c'est la paix. » — Sans la charité, en effet, et sans la sagesse, les deux puissances appétitives dont l'homme est doué sont à chaque moment en contradiction flagrante et souvent consentie, « la chair convoitant contre l'esprit et l'esprit contre la chair (3). » La volonté est même incapable d'apaiser et d'ordonner ses propres mouvements, si elle n'aime uniquement Tunique infinie bonté, si elle ne lui subordonne et ne lui coordonne tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a. Elle serait plus incapable encore de faire régner la paix et la tranquillité parmi les mouvements de l'appétit sensitif, si elle ne recourait à l'appui et à la grâce de la divine charité. — Celle-ci est donc le premier et seul efficace principe de la paix,

(1) Le Docteur Angélique explique très bien cette doctrine {Sum. Theol., 12, q 113, a. 4) : « Prima autem conversio in Deum fit per fidem, secunduni illud ad Hebr. XI : Acccdentem ad Deum oportet credere quia es!. Et ideo motus fidei requiritur ad justificationem inipii. — Motus fidei non est perfectus uisi sit cliaritate inforinatus : unde simul in juslilicatione impii cum niotu lidei est etiam molus charitatis. — In justificatione impii requiritur actus lidei quantum ad hoc quod tiomo credat Deum esse justilicatorem hominum per mysterium Christi. » — Le concile de Trente (sess. VI, c. 7) a suivi et conlirmé toute cette doctrine dont les protestants, puis les baïanistes et jansénistes, n'ont pas su ou voulu respecter la parfaite harmonie. Les uns ont tout donné à la foi, et les autres tout à la charité. La vérité est dans le juste mili3U.

(2j /Je doit. Dei, 1. XIX, c 13.

(3) Gal.. V, 17.

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