RESULTATS DE LA CHARITE
qui elle-même est la plus précieuse forme de béatitude qui soit dans ce monde et dans l'autre (1). Je sais bien que l'amour d'espérance, afin de pouvoir posséder les biens surnaturels qui lui sont promis, décide la volonté à tous les sacrifices et à toutes les obéissances. Mais il ne remplit pas le vide immense que creuse en notre âme l'absence de l'amour suprême, — amour désintéressé du Bien lui-même et pour lui-même. Naturellement déjà, et bien mieux encore surnalurellement, notre appétition intellectuelle est essentiellement orientée vers cet objet infini. Elle en a faim et soif comme du terme normal et nécessaire de tous ses mouvements, de toutes ses recherches, de toutes ses affections. Qu'elle le sache ou non, elle est faite pour lui, incomplète et malheureuse sans lui. Les avantages et les joies qu'il nous offre ne peuvent la satisfaire, s'ils ne la mènent jusqu'à lui.
547. — Le fruit de la charité et de la sagesse, de l'ordre et de la paix, c'est la joie. — L'amour ne va pas sans procurer une délectation proportionnée à son excellence et à sa pureté. L'amour surnaturel et désintéressé de la bonté divine nous inspire un sublime contentement de la voir si grande, si belle, si puissante, si indestructible. Et lors même que ce sentiment reste encore incomplet; lors même que d'autres considérations nous inspirent de justes sentiments d'affliction et de tristesse, — résultant par exemple du souvenir de nos propres fautes ou de celles d'autrui, — ce n'est pas la charité théologale comme telle qui nous afflige et nous attriste. Dès maintenant elle est toute à la joie et à la consolation, en attendant l'éternel et parfait épanouissement où il n'y aura plus de peines ni de larmes (2). — La récompense attribuée par le Seigneur lui-même à la paisible, à la pacifiante sagesse essentielle et inhérente à l'amour théologal, est la filialioii adoptive de l'homme par rapport à Dieu : (( Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés
(1) Cf. Sum. TheoL, 12, q. 69, a. 3; 22, q. 29, a. 1-4. (2j Ibid., 12, q 70, a. 3 ; 22, q. 28, a. 1-4.
les fils de Dieu (1). » La paix, dont ils sont les fidèles amis et les constants propagateurs, leur donne une particulière ressemblance avec le « Roi pacifique (2), » avec le « Prince de la paix (3), » qui est par nature et par substantielle primogéniture le Fils de Dieu. Cette ressemblance fraternelle commencée dès maintenant par la grâce, sera pleinement et immuablement achevée un jour par la gloire. Très parfaitement, les élus sont les « frères du Christ » et les « enfants du Père céleste (4). » Cette similitude établie et proclamée par le Médiateur n'est-elle pas la plus sublime et la plus enviable de toutes les couronnes, puisque elle identifie autant qu'il est possible la créature avec le Créateur? (5)
Deuxième Distinction. — Etude morale.
I P'". — Obligations positives relativement a la charité.
P® Question. — Vertu et acte spécifique de charité.
Théorème LXXV.
548. — Étant donnée la constitution de l'ordre surnaturel telle que Dieu l'a faite, nul homme ne peut être sauvé sans la vertu habituelle de charité théologale; et nul adulte ne peut jamais être dispensé de se la procurer par les moyens nécessaires.
549. ^ VÉtude pratiqtce de la charité théologale considère d'abord les devoirs spéciaux que cette vertu nous
(1) Matth., V, 9.
(2) Cf. P:i:gli., xlvii, 15.
(3) Is., IX, 6.
(i) Hkbr., Il, H ; Matth., v, 45.
(o) Sum. TheoL, 22, q. 45, a. 6.