‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 123 sur 144 · ACTE NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

ACTE NÉCESSAIRE

vivifiante dans l'âme qui mérite; c'est aussi, par conséquent, que la vertu infuse de charité orne et informe cette âme. Rien n'y pourrait suppléer dans les adultes.

553. — Les principes les plus élémentaires du droit naturel imposent donc à l'homme l'obligation très grave de posséder la charité théologale, et de faire pour cela tout ce 'qui dépend de lui. — Quand il peut recourir aux sacrements, c'est son devoir d'y chercher la génération ou la résurrection spirituelles que contiennent très certainement le baptême et la pénitence. — Quand cette ressource lui manque, il est rigoureusement tenu d'y suppléer par la charité et la contrition renfermant la volonté d'être baptisé ou absous dès que la possibilité lui en sera accordée. — Le droit divin positif confirme et précise ces obligations, ainsi que nous le verrons et le dirons plus utilement ailleurs (1).

Théorème LXXVI.

554. — Tel qu'il le faut comprendre d'après l'enseignement de VÉglise, et non tel quil se présente dans plusieurs explicalions peu orthodoxes, Tacte de charité théologale est certainement de nécessité de précepte, voire même de nécQS^iiéàQ moyen, pour les adultes proprement dits.

555. — Je dois montrer la nécessité de l'ade de charité théologale en tant qu'il s'adresse à son objet principal, qui est Dieu. Et je déclare d'abord ne parler que de cet acte lui-même, de son essence et de ses qualités authentiques, — nullement des contrefaçons que divers auteurs en ont faites, sous prétexte de le débarrasser des erreurs de la scolastique, et en réalité pour l'accommoder à des systèmes frivoles, dangereux, ou même pires. — Certains ont dit, en effet, que cet acte souverainement obligatoire devait rigoureusement faire abstraction de la bonté de Dieu envers nous, et ne considérer que sa bonté métaphy-

(1) Aux Traités du Baptême et de la Pénitence.

sique, essentielle, interne, — comme si Dieu pouvait être infiniment bon sans l'être à notre égard ; — ou comme si nous pouvions aimer un bien avec lequel nous n'aurions aucun rapport de convenance, un bien que notre intelligence ne saurait par conséquent présenter à notre volonté sous la raison formelle de bien (1); — ou comme si aimer Dieu qui est bon pour ?iou5 était la même chose que l'aimer parce qu'il est bon pour nous ; — ou comme si la supposition d'une bonté infinie qui nous rejetterait et nous damnerait sans faute de notre part pouvait jamais être véritable et vraisemblable; — ou enfin com.mesi notre acte de charité n'était réellement parfait qu'à la condition de viser des suppositions irréalisables telles que celle-là. — Qu'en de très rares rencontres de saintes âmes aient pu et dû dire à Dieu : a Je vous aimerais jusque dans l'enfer où je serais prête à me précipiter si vous me le commandiez, pourvu que je continuasse de vous y aimer, » elles ont fait un acte hypothétique, conditionnel, ayant quelque analogie avec l'acte de vraie charité, et pouvant avoir quelque mérite et quelque utilité : mais elles n'ont pas fait ainsi le véritable acte de charité dont nous parlons, et qui est très simple, très droit, très ferme, exempt de toute hypothèse, de toute condition impossible à réaliser. — Que d'autres âmes aient parfois dit à Dieu : « Je vous aime par-dessus tout, bien que vous refusiez mon amour et que vous me traitiez en ennemi, » elles ont parlé très inexactement sans le vouloir, ou sans

(1) Ne fût-il considéré ni comme 2itile ni comme agréable au sujet aimant, le bien n'en estpasmoios digne de son amotir et capable de le détenuiner. 11 est donc toujours et métaphysiqiiement bon pour ce même sujet. Quand nous aimons un bien inutile ou désagréable pour nous, mais utile ou agréable à d'autres, et quanl nous l'aimons précisément à cause de cela, il nous excite et nous détermine à l'aimer, et par conséquent il est noire bien sous ce rapport. Quand nous aimons Dieu pour lui-même, i! n'en est pas moins l'objet et le motif de noire amour : il est donc aussi et souverainement notre bien. — PeultHre serait-on dans le vrai en considérant Vamitiê, la charité, comme Vamour direct du bien; et Vamour d'espérance, comme Vamour direct des effets du bien. Du bien, la charité peut passer médiatement ou indirectement à ses effets et provoquer ainsi l'amour d'espérance. Des effets du bien, lamour d'espérance peut passer médiatement ou indirectement au bien lui-même, et provoquer ainsi la charité.

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