ACTE NÉCESSAIRE
savoir au juste ce que leurs paroles de tristesse, ce que leurs sentiments de découragement et presque de désespoir involontaire signifiaient (l). U intention qui les faisait ainsi penser et parler pouvait être bonne, surnaturelle, méritoire; mais leur charité apparemment héroïque était probablement trop irrégulière, trop irraisonnée, pour être l'effet de la grâce et l'objet des complaisances divines. — Nous avons vu combien peu l'Église approuve et encourage les suppositions de ce genre (2); et au lieu d'en faire une loi ou un conseil, nous devons bien plutôt en signaler l'imperfection théorique et le danger pratique.
556. — L'acte de charité dont nous affirmons l'obligation n'est pas non plus celui qui serait intense au point de braver et de provoquer toutes les contradictions, toutes les persécutions; qui serait persévérant au point d'être une sorte de confirmation en grâce; qui serait pur et jaloux de cette pureté au point d'exclure de sa présence et d'éloigner de son contact tout amour de simple espérance, tout sentiment de simple attrition, toute crainte de châtiments temporels ou éternels. — Que de saintes âmes encore, sous un instinct très particulier de la grâce, n'aient pas redouté d'examiner en détail toutes les circonstances les plus terribles où elles pourraient se trouver aux prises avec la tentation et avec l'épreuve; qu'elles aient aimé Dieu avec une ardeur et une obstination suffisantes à les préserver désormais de toute faute mortelle; qu'elles se soient efforcées d'accroître sans cesse et sans mesure le règne de Dieu seul en elles, par l'abnégatien totale d'elles-mêmes et de tout ce qui n'est pas Dieu, — c'est un fait historiquement indéniable et théologiquement inattaquable. — Mais que
(1) Évidemment le sens de leurs paroles serait tout différent et très acceptable si elles ne voulaient parler que d'an abandon extérieur et superficiel de la part de Dieu, d'uae privation d'ailleurs très cruelle de sa présence et de sa grâce sensibles, etc. — Consulter les théologiens mystiques au sujet des purifications passives, par exemple, Phil. a SS. Trinitate, Sum. Theol. Mysticx, p. I, tr. III, dise. 4, a. 2; Bûssuet, Iiistr. sur les états d'oraison, passim.
(2) Voir ci-dessus, n. 416-418.
tous les hommes soient tenus à les imiter, qu'ils puissent y être prudemment tous conviés, que la loi de la charité ne s'accomplisse qu'à cette condition et qu'à ce degré, on ne l'affirmerait certes pas sans témérité ni erreur.
557. — Uacte de charité, obligatoire envers Dieu, est donc tout bonnement et tout simplement celui que nous avons étudié depuis le commencement de ce Chapitre. — Il est manifestement nécessaire aux adultes proprement dits, ayant suffisamment de connaissance, de liberté et de temps, pour produire ce mouvement sans lequel ni l'âme humaine n'est complètement subordonnée et coordonnée à son principe, à sa fin dernière, ni la Bonté suprême n'est appréciée et pratiquement reconnue comme elle a le droit de l'être. — De par la nature et de par la grâce, notre volonté a incontestablement la capacité d'aimer, non seulement l'agréable et l'utile, mais y honnête, surtout Vinfîniment honnête. Si elle ne l'aime pas, si elle ne forme pas ainsi l'acte théologal de charité, elle ne remplit pas ici-bas sa destinée, elle ne prépare pas sa destinée d'outre-tombe qui précisément doit consister à aimer très purement et très parfaitement Dieu. — Bonté infiniment complète en soi, infiniment supérieure comme telle à toutes les joies et à toutes les utilités qu'elle nous communique, mais qui ne sont que finies. Dieu n'est point assez apprécié, n'est point convenablement aimé, s'il n'est aimé pour soi plus encore que pour ses dons. — En conséquence, le droit simplement naturel nous impose des actes de charité proportionnés à la nature et à la grâce qui sont en nous, — actes non pas simplement naturels mais vraiment surnaturels comme leurs sources psychologiques, comme leur destination morale.
558. — La nécessité d'aimer Dieu par acte formel est une nécessité de moyen pour toute personne adulte, parce que Dieu môme ne saurait la dispenser de faire cet usage de son intelligence et de sa volonté. — Si quelqu'un y manque sciemment ou par ignorance volon-