ACTE NECESSAIRE
taire, nul doute qu'il ne pèche gravement, et qu'il ne se mette dans l'impossibilité absolue d'atteindre sa fin dernière, sauf repentir et justification. — S'il y manque sans le savoir et sans pouvoir arriver à le savoir, parce que le temps ou les facultés intellectuelles lui font défaut pour cela, il n'est véritablement pas adulte au sens théologique du mot, et il pourra être sauvé grâce au sacrement de baptême, s'il l'a reçu.
559. — Des commandements divins positifs ajoutent, à cette nécessité de moyen, celle de précepte. — Déjà, dans l'Ancien Testament, Dieu disait : « Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force » (1). Dans le Nouveau, Jésus dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et dans toute ton âme, et dans tout ton esprit; » et il ajoute : « Voilà le plus grand et le premier commandement » (2). — La totalité des éléments qui produisent l'amour de Dieu exclut les réserves, les retranchements, les recherches égoïstes, qui placeraient quelqu'un ou quelque chose au-dessus ou à côté de Dieu, dans notre appréciation et dans notre dilection. Sa bonté infinie exige que nous-mêmes soyons pour ainsi dire infinis et illimités dans notre charité. — Quant à l'indubitable prééminence ou priorité de cette loi sur toutes les autres, c'est la preuve que les péchés contre elle sont les plus graves de tous, et qu'ils sont certainement mortels de leur espèce, encore que certains puissent être accidentellement et individuellement véniels.
560. — L'Église catholique a maintenu d'une façon très opportune cette obligation sacrée, contre les perfidies ou les défaillances de quelques malencontreux écrivains. — « On n'est pas tenu, durant toute sa vie, de
(1) Deut., VI, 4 5; X, 12; xi, 13.
(2) S. Matthieu, xxii, 37. 38. - S. Marc (xii, 30) et S. Luc(x, 27) mentionnent toute la force, toutes les forces, comme le Deutéronome : ils font ainsi une quadruple énumération des facultés qui concourent à produire l'acte de iharité théologale.
faire un seul acte de foi, d'espérance et de charité, en vertu de préceptes divins relatifs à ces vertus », affirmait-on dans la première proposition condamnée le 24 septembre 1665, par le pape Alexandre VII qui la réprouva « au moins comme scandaleuse» (1). — « On n'est pas tenu d'aimer la fin dernière, ni au commencement ni dans le cours de sa vie mortelle, » prétendait-on encore dans la première des deux propositions relatives au péché philosophique; et Alexandre Mil la censura « comme hérétique (2), » par décret du 24 août 1690. — L'acte de charité théologale ayant Dieu pour objet précis est donc formellement ordonné par la loi divine; l'Église considère ce point comme révélé; et l'on se demande en effet par quelle extraordinaire aberration, ou par quelle audacieuse révolte contre le bon sens et l'évidence, certains esprits ont pu ne pas entendre ainsi les textes que nous avons empruntés tout à l'heure à l'Ancien et au Nouveau Testament (3).
561. — Un peu plus tard, ces étranges théologiens, si l'on peut leur donner ce nom, soutinrent que cette loi « oblige seulement lorsque nous sommes tenus d'être justifiés, et que nous n'avons pas d'autre voie par laquelle nous puissions arriver à la justification » (4). Adoucissant un peu cette rude témérité, ils disaient ensuite : « Nous n'osons pas condamner comme mortellement coupable celui qui ne ferait qu'un seul acte d'amour de Dieu pendant sa vie (5). » Et avec une nuance encore adoucie : « Il est probable que de soi le précepte de la charité envers Dieu n'oblige pas rigoureusement même une fois tous les cinq ans (6). » — Innocent XI, par
(1) Voir ci-dessus, n° 31i.
(2) Cf. Morale suni. fondam., n°'4i, 701.
(3) Cf. Sum. Theol., 12, q. 100, a. 10; 22, q. 44, a. i.
(4) « 7. — Tune soluin obligal quaudo teriemur justiflcari, et non habenius aliam viamqua justilicari possimus. >>
(5) «5. —An peccet niortalitor qui actuin dilectionis Dei seniel tantuiu in vita eliceret, condemnare non audeinus. »
(6) « G. — Pi'ûbabile est ne singulis quidem rigorose quinquenniis per se obligare prœceptum cliaritatis erga Deuni. •