ACTE NÉCESSAIRE
sentence du 2 mars 1679, proscrivit cette doctrine « au moins comme scandaleuse et pernicieuse en pratique.» D'où il suit que nous sommes obligés d'aimer Dieu hors des cas où nous n'aurions que ce moyen de recouvrer la grâce sanctifiante; que nous y sommes obligés plus d'une fois dans notre vie, et plus d'une fois chaque cinq ans. Il est communément admis qu'une année entière d'omission serait matière à faute grave; de graves moralistes en disent autant pour une grande partie de l'année, voire même pour un mois. — Nous pensons que cet espace de temps ne peut être déterminé d'une façon générale; et qu'il dépend des circonstances extérieures et des conditions intérieures particulières aux diverses catégories, souvent même aux diverses personnalités en cause. La répétition de l'acte de charité a pour principale raison la nécessité de donner aux âmes un esprit habituel d'obéissance cordiale et filiale envers Dieu; et c'est d'après ce principe que les pasteurs et confesseurs doivent exiger d'elles une plus ou moins fréquente répétition de l'acte de charité.
562. — La même nécessité d'ordonner convenablement notre vie morale vers Dieu nous impose rigoureusement de faire un acte d'amour dès que nous sommes arrivés à un degré suffisant de raison et de savoir, de conscience et de liberté, pour connaître et accomplir l'obligation de l'aimer à cause de son infinie bonté. — De même, si nul autre moyen n'était en notre pouvoir pour résister à des tentations de haine contre lui ou contre le prochain, nous pécherions mortellement en ne faisant pas d'acte de charité. — 11 nous semble que l'article de la mort, indépendamment des redoutables difficultés que l'âme peut y rencontrer, a un tel caractère d'initiation à la moralité définitive de l'autre vie, qu'il requiert, comme élément essentiel, l'amour de Dieu pour lui-même; et nous ne comprendrions véritablement pas qu'un mourant, encore capable de cet amour actuel et parfait, pût sans péché grave se refuser à
l'accorder à Dieu (l). Que s'il n'en est plus capable, la seule vertu de charité lui suffira certainement.
563. — Quand je parle de ces actes obligatoires, je n'entends pas qu'ils soient nécessairement conçus avec une précision tout à fait théologique. Mêlés à d'autres actes ou sentiments religieux, formés dans le cœur sans être exprimés par la parole intérieure ou extérieure, modelés ou non sur les formules qu'en donnent les catéchismes et les eucologes, produits pour eux-mêmes ou à l'occasion de sacrements reçus, de souffrances acceptées, de sacrifices généreusement consommés, ils conservent toute leur valeur et toute leur efficacité, pourvu seulement qu'ils s'adressent à leur véritable objet sous l'influence de leur véritable motif. — Les actes impêrés dont nous traiterons plus loin n'auraient certainement pas le même effet et ne rempliraient pas la loi de l'amour, s'ils n'étaient précédés ou accompagnés d'actes formels de charité; et l'aumône, par exemple, réduite à ellemême, ne répondrait pas exactement et réellement au précepte d'à aimer le Seigneur notre Dieu. » — Mais, quoique les actes commandés ne remplacent pas l'acte propre, élicite, ils pourraient quelquefois être indispensables à sa protection, et à la conservation de la vertu infuse d'où il procède; et alors on y serait obligé par le même précepte de charité, indépendamment des lois spéciales auxquelles nous les verrons soumis. Ainsi, un chrétien constate que son défaut de compassion envers les pauvres lui endurcit le cœur au point de le rendre presque inapte à faire un acte d'amour de Dieu : le premier article du décalogue l'obligera rigoureusement à pratiquer la bienfaisance pour ne pas perdre la charité.
(IjCf. ci-dessus, n° i;U. Ce que nous y disons de Vexpressiun de l'acte d'espérance s'applique également à celle de l'acte de charité. — Divers moralistes observent k bon droit que VobUijation de l'acle de charité ;\ l'article de la mort est plus rigoureuse quand on n'a pas de confesseur à sa disposition Kn avoir un ne suprime pas cette obligation si elle ex'sle réellement., mais donne une confiance et une sécurité des plus précieuses, fondées qu'elles sont sur l'absolution sacramentelle à la(înelle suffit la simple attrilion.