‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 130 sur 144 · CHARITÉ SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

CHARITÉ SPIRITUELLE

qui appartient à la catégorie des bienfaits spirituels, et Yaumône qui appartient à celle des bienfaits matériels.

599. — La justification et le salut du prochain sont les biens les plus considérables que nous devions souhaiter à son cime; et personne ne pourrait se refuser à les lui souhaiter effectivement et à les demander pour lui à Dieu par la prière. — a) Si Von a charge d'âme habituelle ou accidentelle à son égard et qu'il soit médiocrement nécessiteux sous ce rapport, on lui devra en plus le secours des paroles, des exemples, des sacrements, qui lui seront utiles; sérieusement nécessiteux, on lui devra largement aussi son temps, ses forces, ses biens temporels; extrêmement nécessiteux , on lui devra sacrifier même sa vie (1), à moins qu'elle ne soit réclamée par des intérêts plus graves encore, par des causes plus hautes, plus larges et plus sacrées. — h) Si Von n'a ni habituellement ni accidentellement charge d'âme à son endroit, et qu'il soit niédiocreme7it indigent , on lui doit tout d'abord les bons offices de la prière, et si faire se peut, des conversations et des exemples utiles; s'il est très indigent, on lui devra une assistance spirituelle plus précise et plus efficace, à condition assurément de pouvoir la lui fournir; s'il est extraordinairement misérahle, qu'on le sache évidemment entraîné à la damnation, qu'on soit certain de pouvoir le sauver, qu'on ait la certitude d'être soi-même en état de grâce, qu'on soit maître absolu de ses biens et de sa vie, on pourra les sacrifier pour lui et mourir ainsi victime de la charité fraternelle; j'ajoute qu'on le devra si l'on a de plus l'entière conviction que nul autre moyen ne suffira pour sauver ce désespéré ; — mais alors on aura charge accidentelle de son âme, et l'on se trouvera dans l'hypothèse antérieurement examinée.

600. — On voit par là qu'à notre époque surtout l'obligation de consacrer son temps, ses talents et son argent à la propagation de la foi, aux missions de l'intérieur ou

(1) J0A>-., XV, 12; 1 JoAN., m, 16; cf. Sim. TIieoL, 22, q. 26, a. 5.

de l'étranger, aux œuvres de préservation ou de conservation religieuse, peut être fréquemment grave; que les pasteurs, et à leur défaut les autres prêtres, sont obligés sous peine de péché mortel à braver la peste, la guerre, la persécution, pour ne pas laisser périr éternellement les âmes à eux confiées; que des religieux et des religieuses, voire de simples fidèles libres de leur personne et de leur existence, peuvent sans pécher, et même avec un très grand mérite, s'exposer à la pauvreté, au dénûment, à la mort, pour secourir les païens, les misérables, les pestiférés ou les cholériques; — quoique la véritable charité, sagement et dûment ordonnée, permette et commande parfois une abstention prudente et même une fuite ou une disparition habile, en face de dangers qui menaceraient sans réel profit une liberté ou une vie grandement nécessaires au bien public; — ni l'amour envers Dieu ni l'amour envers le prochain n'autorisent et surtout n'exigent alors des sacrifices peut-être chevaleresques, mais inutiles et conséquemment injustifiés.

GOl. — On voit également par là que, dans leurs dangers et besoins spirituels, les époux se doivent mutuellement une protection particulière; que les parents sont spécialement tenus de veiller sur leurs enfants; que les supérieurs de communautés religieuses sont obligés à un dévouement plus intense envers leurs inférieurs; que les évêques ne doivent rien négliger pour sauvegarder la foi et les mœurs de leurs diocésains ; que les chefs d'État sont rigoureusement responsables devant Dieu du mal moral qu'ils pourraient empêcher et qu'ils n'empêchent pas. Des intérêts uniquement temporels à ménager ne sauraient être mis en comparaison avec les intérêts spirituels, surnaturels, de l'Église et des âmes. Que si l'on n'est pas tenu, pour sauvegarder ceux-ci, de faire l'impossible, l'on est tenu de faire tout le possible : s'il est médiocre, raison de plus de n'en rien négliger. Tel est le précepte de la charité. — Il est moins prompt à imposer de grands et mutuels sacrifices aux parents

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