CHARITÉ SPIRITUELLE
éloignés, aux amis, aux simples concitoyens; mais il leur enseigne cependant que tout lien particulier formé entre les hommes, entre les catholiques, les oblige proportionnellement à se rendre réciproquement et chrétiennement service. — Les frères, les sœurs, les cousins et autres parents, les parrains et les filleuls, les associés et les compagnons de travail, qui souvent se font tant de mal les uns aux autres, devront, en de graves circonstances principalement, se rappeler leur proxl7nité plus étroite, et se procurer efficacement une vraie édification spirituelle. — Et quand il semble que les hommes soient trop éloignés entre eux et trop distants de leur commune origine pour être enlacés par les liens de la charité, celle-ci ne laisse pas de remplacer des reproches ou des commandements, qu'elle ferait alors inopportunément, par des conseils et surtout par des exemples qui sont presque toujours opportuns.
602. — On voit enfin par là que pratiquement, et en fait, l'exercice de la charité à l'égard du prochain revêt nécessairement et simultanément deux caractères, deux formes, que l'on doit pourtant distinguer théoriquement, et en droit : cet exercice est d'abord une action ou une série d'actions positives, qui confèrent ou qui augmentent le bien; et c'est ensuite une action ou une série d'actions dites négatives, parce qu'elles suppriment ou diminaent le mal. — Chaque fois, en effet, que nous sommes tenus d'être bienfaisants, c'est à cause d'une indigence ou d'un mal du prochain; chaque fois que nous sommes obligés d'être compatissants, c'est afin de lui procurer un avantage ou un bien. Aussi peut-il y avoir un intérêt au moins logique à répartir en deux classes les sept œuvres principales de charité spirituelle, qui sont ainsi énumérées dans l'Ecole : « Conseiller, reprendre, enseigner, consoler, pardonner, supporter, prier (1). » A la catégorie
(1) «Consule, carpe, doce, solare, remitte, fer, ora. » — Saint Thomas {Siim. TfieoL, 22, q. 32, a. 2) fait très ingénieusement la synthèse et l'analyse de ces sept œuvres, et on le consultera avec plaisir et profit.
positive se rapportent la ;j>r/<^r<9, V enseignement, le conseil, la catégorie négative renferme la consolation, le support, le pardon et la correction.
603. — Nous avons déjà fait quelques observations touchant la prière, et cela peut suffire en attendant que nous étudiions expressément ce vaste sujet (1). Renseignement et le conseil appartiennent à la théorie de l'instruction et de l'éducation, qui elle aussi sera mieux exposée ailleurs (2). Le support et la consolation n'offrent pas de difficultés spéciales, au point de vue doctrinal bien entendu, et ils sont plutôt matière de théologie ascétique. Le pardon réclame certains éclaircissements que nous fournirons dans le Paragraphe suivant. Reste donc la correction ou répression fraternelle dont l'importance est grande. L'explication qu'en donnera le Théorème LXXXll ne sera pas non plus sans utilité pour compléter l'intelligence de ce qui précède, et pour dissiper les obscurités dont le lecteur penserait peut-être avoir encore à se plaindre en cette matière fort touftue.
Théorème LXXXII.
604. — D'une part, la correction fraternelle estim devoir souve7it grave qui s'impose à la charité; mais, d'aiotre ^:)a7'/, la même charité lui impose de rigoureuses conditions t/e sagesse et de prudence.
605. — Il ne s'agit pas précisément des péchés, mais des pécheurs. Car corriger leurs fautes et leurs vices, c'està-dire les prévenir et les empêcher, les réprimer ou les réparer, n'est pas tant l'œuvre de l'homme que de Dieu, pas tant l'œuvre de fa charité que de l'autorité. C'est à Dieu principalement qu'il appartient d'absoudre, de châtier, de punir; c'est secondairement aux hommes investis de sa puissance pour gouverner en son nom
(1) Dans le Traité de la Vertu de Religion.
(2) Au Traité des Vertus Morales, au chapitre de la Justice.