HAINE DE DIEU
tère inclut en soi une malice très grave, très spéciale aussi, dont il nous faut maintenant traiter. — La haine, comme l'amour, est un mouvement de volonté ; mais un mouvement d'aversion, de répulsion, et dans une certaine mesure, de malfaisance et de destruction. La haine antithéologale, si je puis ainsi parler, sépare et détourne donc le pécheur de Dieu d'abord, puis de soimême et de son prochain ; elle le pousse à faire du mal à Dieu, à soi-même et au prochain ; elle nie pratiquement la bonté divine surnaturellement révélée, et la bonté mise surnaturellement par Dieu en nous et en notre prochain ; elle considère pratiquement ces deux bontés, l'infinie et la finie, comme un double mal qu'elle déteste comme tel ; si elle est dictée, ainsi qu'il arrive souvent de nos jours, par un système athée ou impie, elle les déteste comme le mal absolu; si elle résulte seulement d'une défaillance de volonté ou d'une violence de passion, elle les déteste comme un mal relatif et contraire à ce bien apparent du péché, que la bonté surnaturelle condamne et repousse nécessairement. — Le présent Théorème va nous montrer, avec un peu plus de détails, comment peut se produire cette haine incroyable de Dieu et du bien.
638. — Si nous connaissions intuitivement, comme les saints, l'adorable et principal objet de l'amour théologal, nous serions dans une entière et bienheureuse impossibilité de le détester, et même de ne pas nous attacher complètement à lui : nous serions impeccables en amour et en tout le reste. — L'évidente démonstration de l'identité de Dieu et du bien sans limites nous mettrait toujours dans une impossibilité analogue quoique inégale, si nous étions toujours sous son influence qui nous préserverait assurément d'une multitude d'écarts. Mais un grand nombre d'hommes sont trop légers, non pas pour comprendre cette démonstration, mais pour se résoudre à s'en souvenir au milieu des distractions et des tentations mondaines; et c'est par là que la haine de Dieu se glisse parfois dans leurs cœurs. — On ne le
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hait certes pas quand on pense aux bienfaits dont il est la source, et qui sont nécessairement aimables et aimés de toute volonté créée : personne ne peut être mécontent d'exister, de vivre, de savoir, d'agir (1). INlais Dieu est aussi un législateur incorruptible, un juge inexorable, un vengeur terrible de ses lois violées; et lorsque la volonté humaine fascinée par les frivolités terrestres ou entraînée par la fureur des passions, se trouve en présence de ces redoutables attributs divins, elle est exposée à s'irriter contre eux, û se désespérer de ne pouvoir y échapper, et finalement à leur vouer une haine aussi implacable qu'impuissante. — Parfois l'intervention du prochain complique et aggrave celte crise vraiment satanique. S'il s'oppose de la part de Dieu à nos péchés, il peut s'attirer notre haine qui ne s'arrête pas toujours à lui, mais qui s'enflamme contre Dieu même et tache de l'atteindre à travers ses représentants (2).
639. — Heureusement, toutes les âmes ne sont pas également et prochainement exposées à tomber dans ce gouffre de la haine. Celles-là y tendent de tout leur poids et presque fatalement, qui se laissent hébéter par les goûts terrestres, par les plaisirs de l'intempérance, par la luxure principalement. La capacité naturelle de connaître les biens spirituels et leur divin principe, perd chaque jour de sa force naturellement déjà restreinte. L'attraction vers l'animalité gagne proportionnellement en intensité et en rapidité. La liberté, aux prises avec les passions et les habitudes vicieuses, s'affaiblit progressivement et oublie l'art de résister au mal. Et quand la pensée de Dieu apparaît au milieu d'àmes ainsi perverties, elle ne peut plus guère y exciter que dégoût, répulsion, haine formelle. — L'expérience des pasteurs, des missionnaires, des confesseurs, confirme pleinement cette analyse psychologique (3). Elle atteste,
(1) Cf. Morale surn. fondam., ir' lo3-lo7.
(2) Cf. Sum. ThcoL, 22, q. 3i, a. 1 ; a. 2, S-" ; a. 0, 2™ et 3">.
(3) i\ul ne l'a mieux faite que saint Tliomas, ibid.,q. 46, a. 1-3.