‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 14 sur 144 · FOI SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

FOI SPÉCULATIVE

Chapitre môme ; et la solution que nous donnerons à la question si délicate et si pratique du rôle de la libre volonté humaine dans l'acceptation de la foi divine, sera grandement facilitée pour le lecteur qui voudra bien ne point perdre de vue les observations précédentes.

Article II. — Théorie spéciale de la foi spéculative.

Théorème VÏII.

36. — La foi spéculative est un acte de connaissance proprement dite et i^ar conséquent un assentiment intellectuel^ subjectivement certain, à une vérité objectivement certaine.

37. — Nous avons jusqu'ici considéré la foi d'une manière générale, examinant ses conditions et ses effets dans l'ordre pratique aussi bien que dans l'ordre spéculatif. — Laissant désormais de côté la foi pratique ou morale qui se rattache à la vertu principale de force, à la vertu subordonnée de magnanimité , voire même quelque peu à la vertu théologale d'espérance (1), nous allons exclusivement étudier, dans la suite de cette '/'■*' Section, la foi spéculative ou intellectuelle sous sa double forme de foi philosophique ou purement naturelle, et de foi angélique ou préternaturelle.

38. — Elle est toujours un acte de connaissance spirituelle, une prise de possession par l'esprit, par l'intelligence, par la raison, d'un objet véritable et connaissable, d'une proposition vraie et intelligible. D'où l'on voit, pour le remarquer en passant. Terreur fondamentale de ceux qui opposent absolument et contradictoirement l'acte de loi à l'acte de raison, le croire au savoir. Loin d'être la négation de l'intelligence, la foi habituelle en est une

(l)Gf. Sum. TheoL, 12, q. 40, a. 2, 2™; 22, q. 128, a un., 2"S q- 129, a. 6-7.

o2 VERTUS TU ÉO LOCALES

fonction, et la foi actuelle en est un acte. On ne croit point par les sens, ni par le cœur, ni par la volonté : si ces puissances affectives ont un rôle à remplir avant que l'homme ne croie, ou pendant qu'il croit, ou après qu'il a cru, ce ne sont pas elles qui émettent et produisent formellement l'acte de croire. On croit comme on pense, comme on juge, comme on syllogise, par la puissance intellectuelle tout simplement. Si quelque acte prétendu de foi ne passait point par la raison, ne naissait point de la raison, n'exprimait point le dire de la raison sur un objet à elle affirmé, ce ne serait pas plus un acte de foi qu'un acte de raison. Le ratlonabile ohsequium, si souvent allégué en apologétique et en théologie, n'est pas seulement l'énoncé d'une qualité de la foi : c'est l'énoncé de son essence même, attendu qu'elle est Vobéissance de la raison et non pas simplement une obéissance raisonnable (1).

39. — Connaissance dit vérité et certitude. On ne connaît réellement pas quand on se trompe. On ne connaît pas quand on doute, quand on soupçonne, quand on tient pour probable ou môme pour très probable l'objet auquel on applique sa pensée. On connaît quand on adhère absolument au vrai, sans crainte raisonnée et prudente d'errer (2). — Et cette certitude inhérente à la connaissance est à la fois subjective et objective , n'étant pas un phénomène purement psychologique sans nulle réalité extérieure correspondante, ni une qualité seulement extérieure sans réalité corrélative dans l'esprit : c'est la paix de l'âme en possession de la vérité; c'est l'union intime et calme de l'intelligence et de l'intelligible. Sous ce rapport, la foi ne se distingue pas encore de la science : l'une et l'autre renferment, comme élément essentiel, un assentiment certain, entier, catégorique, â une propositioîi exacte, sûre, nettement déterminée. 0]»

(1) Sur cette formule i.nulinienne dont le vrai sens est bien celui que uouû indiquons ici, voir noire Logique surn. subj , n" 647. (-2) Cf. Lojiqac surn. obj., Tliéor. XCIII XGVl.

zroit comme on sait] et ces deux actes fort dissemblables dans l'instant où se prépare leur formation, sont très semblables dans l'instant où chacun d'eux se forme. Croire ou savoir c'est admettre, saisir et concevoir le vrai. Qu'il apparaisse dans la lumière de son évidence soit immédiate soit médiate, ou bien qu'il se révèle dans lo lumière du témoignage et de l'autorité qui l'affirme, c'est toujours lui, le vrai, qui s'unit à V intelligence. Si cette union n'existait pas dans la foi comme dans la science, la foi ne serait plus une connaissance réelle, une connaissance vraie, une connaissance proprement dite.

40. — Le nom de foi (1) a donc bien pu désigner, dans quelques écrits anciens ou modernes, une opinion plus ou moins solide, un doute plus ou moins fondé, wn pressentiment plus ou moins instinctif (2). Mais c'est là une signification qui n'entre pas dans notre langage théologique, parce qu'elle n'est pas reçue dans la terminologie officielle du Saint Siège et des Conciles. Pour eux, la foi intellectuelle est un véritable acte de notre puissance cognoscitive, soit dans l'ordre naturel soit surtout dans l'ordre surnaturel; acte qui sous certains rapports va de pair avec la science et souvent même lui est très supérieur dans ses éléments constitutifs aussi bien que dans ses résultats.

Théorème IX.

41. — Le motif de Vassentiment donné par la foi spéculative à son objet n'est jamais /'évidence de celui-ci, mais bien Tévidence des raisons QxivmsQ(\MQ^ justifiant et prescrivant cette libre et méritoire adhésion intellectuelle.

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