Lo précédent Théorème nous a montré, à l'en
(1) Fides, iziGxi;.
(2) Cf. SuiCER el. T. Pesch, aux endroits cités précédemaient, n»' 25 et 29, notes
3't VERTUS TQÉO LOCALES
contre de bien des opinions et des systèmes, comment la foi est identique à la science quant à l'acte générique de connaître avec certitude, sans lequel on ne peut croire m savoir. La distinction fondamentale, essentielle, spécifique, de ces deux modes de connaissance, doit être cherchée ailleurs. ~ Sera-ce dans Vévidence, qui appartiendrait exclusivement à la science et ne se rencontrerait jamais dans la foi? La foi, que tous les philosophes et théologiens sérieux considèrent comme une perception obscure de la vérité, le serait-elle au point de n'être ni précédée ni accompagnée d'aucune lumière nettement visible, d'aucune splendeur pleinement satisfaisante pour l'esprit? Ce serait une erreur de le penser, contrairement aux si fréquentes louanges bibliques et patristiques de l'admirable lumière en laquelle Dieu nous a introduits par la foi (1).
43. — Oui, certes, la foi est obscure, parce que son objet ne lui apparaît pas dans le rayonnement de sa propre évidence, dans la clarté de son immédiate et indéniable présence, dans l'éblouissante manifestation de sa réalité , ni môme dans l'éclat d'une démonstration si lucide, si serrée, si complète, que l'adhésion de l'esprit s'ensuive nécessairement, fatalement (2). — Mais la foi Il est pas obscure en ce sens que les croyants ne sauraient pas si réellement l'objet existe ainsi qu'on leur demande de le croire; s'il a bien les qualités, les perfections, les formes, les puissances, les opérations, qu'on leur propose d'admettre pour historiquement vraies et certaines. La foi n'est pas obscure comme l'erreur qui est entièrement ténébreuse, ni comme le doute qui flotte entre la lumière et les ombres, ni comme la simple opinion qui accepte comme parti provisoire une lueur indécise de crépuscule. — Dans ces conditions de lumière insuffisante ou d'entière inévidence, la foi ne serait jamais
(l)Cf. 1 Pi'TU , II, 9 (coll. II ÏHESS , I, iO); Li'c, u, 32 ; Jo.vn., viii, l£; Col., I, 12; 11 Cow , IV, (> ; Eph., v, 8-9, etc; voir les comtneiitaires des Pères grecs dans SuiCER., o;). cit., \" 9<o;.
(2) Cf. Lo'jique suni. sul/j., Tliêor. LUI, LIV, LXX.
CROIRE ET SAVOIR uO
certaine :ov]3i foi qui n'est pas certaine n'est pas réellement la/bi, mais uniquement son vague simulacre et sa mensongère image, ainsi que le Théorème VIll Va antérieurement établi.
44. — Sommes-nous donc résolu à dire que Vévidence n'est pas incompatible avec la foi; et que le croire et le savoir, déjà si rapprochés l'un de l'autre par notre théorie précédente, ont encore pour qualité commune l'évidenc»? elle-même? Oui nous sommes résolu à le dire, — mais moyennant une distinction d'importance capitale, qu'il ne sera point trop difficile de saisir pourvu que l'on observe comment l'acte de foi et comment l'acte do science se produisent dans la raison humaine. — a)Uacte de science, le savoir, se produit en nous quand la vérité qui en est l'objet apparaît elle-même à notre intelligence, soit sans raisonnement et par intuition, soit avec raisonnement et par démonstration. — Le mouvement vient d'un moteur : cette vérité-là se montre ellemême à moi, immédiatement, directement, dans sa réalité, dans sa lumière, dans son évidence; et aussitôt je ja sais. — Les trois angles d'un triangle quelconque sont égaux à deux droits : cette vérité-ci a besoin d'être éclairée par d'autres plus simples et plus claires, avant que je ne la saisisse et ne la voie ; mais, bien placée dans son vrai cadre, éclairée par les axiomes et les théorèmes que je connais déjà et dont elle est comme la synthèse et le résultat, je la saisis et la vois, elle aussi, médiatement et avec effort sans doute, mais pourtant dans sa propre réalité, dans sa propre lumière, dans sa propre évidence ; et par conséquent je \8isais. — Immédiate ou. médiate, Vévi dence détermine donc l'acte de science, l'acte de savoi' — h) L'acte de foi, le croire, se produit en nous quand ia vérité qui en est l'objet, n'apparaissant point elle-même a notre intelligence qui ne la voit ni par intuition ni par démonstration, lui apparaît pourtant dans le témoignage que rend d'elle quelqu'un qui la voit par intuition ou pai* démonstration, et qui mérite absolument notre confiance.
30 VERTUS THEOLOGALES
— Pélershoitrg existe : cette vérité ne m'apparaît ni intui tivement ni démonstrativement, car je n'ai pas visité la capitale de toutes les Russies, et je n'ai pas vu de cause ni d'effet manifestement liés avec le fait de cette existence. Mais tant de personnes dignes de toute créance m'en certifient la réalité pour l'avoir vue intuitivement, r4ue je ne puis me refuser à y c7^oire très certainement. ~ Le ra2Jport de la circonférence au diamètre est à peu près comme celui de 22 à 7 : si un enfant, nullement encore initié à lo géométrie, reçoit cette vérité d'un maître savant et grave qui la sait joar démonstration , il y croira lui-même avec certitude. — Aucune évidence immédiate ou médiate de l'objet, mais V affirmation du témoin détermine donc l'acte àefoi, l'acte àe croire. — c) Cependant, pour que cette détermination ait lieu, il faut que le témoin ait d'abord (1) fait apparaître intuitivement ou démonstrativement qu'il est digne de la confiance dont il réclame le bénéfice pour sa parole. S'il ne montrait pas de titres à cette confiance, ou s'il n'en montrait pas de suffisants, il essaierait de commettre un audacieux abus de confiance; et alors on ne saurait lui accorder crédit et créance sans témérité, sans imprudence, sans absurdité. — Et ce n'est pas des titres douteux, ni seulement vraisemblables et probables, qu'on doit attendre de lui : car, sur de tels motifs, on ne saurait non plus lui donner qu'un assentiment incomplet, vacillant, plein de réserves, qui ne serait plus un véritable acte de foi, un acte réel de connaissance. Ce qu'il est tenu d'exhiber, ce sont des raisons décisives , manifestes, certaines : ce sont, en un mot, des titres évidents.
15. — Voici donc Vévidence elle-même en contact immédiat et en relation essentiellement nécessaire avec la foi
(I) Logiquemeat sinon chronologiquement d'abord. On peut supposer, eu efl'et, que Dieu apparaisse iulininienl croyable en même temps qu'il obtient l'acte de foi qu'il réclame : ce serait le cas, nullement impossible, d'une révélation qu'il ferait aux bienbeureux dans le ciel, relativement à une vérité étrangère à la spbère de leur intuition. Mais, alors même, la vue de l'infinie véracité de Dieu précéderait logiquement l'acte de foi des bienbeureux.