LA VOLONTÉ ET LA FOT
proprement dites : évidence bien réelle aussi, el réeùement nécessitante pour l'esprit qu'elle éclaire, qu'elle convainc, qu'elle satisfait entièrement, à Ja condition qu'il soit sage et prudent, bien formé et bien tempéré. La légitimité de la foi nous semble requérir cette évidence indiscutable des motifs et du jugement de crédibilité.
56. — Que souvent la volonté doive intervenir pour protéger, pour consolider et pour tranquilliser la raison aux prises avec des objections spécieuses ou des craintes imprudentes qui n'attaquent cependant pas les raisons de croire jusque dansle vif et l'essentiel de leur certitude (1), nous l'admettons très facilement; et cela n'empêche pas du tout l'acte de foi subséquent d'être d'une entière légitimité. C'est même le cas fréquent des hommes appliqués aux sciences rigoureusement exactes ou expérimentales : car ils ont grand besoin de réagir contre leur défiance envers les raisonnements d'ordre philosophique, envers les preuves d'ordre historique et traditionnel. — Mais prétendre que la volonté peut enjoindre à la raison d'admettre d'abord des motifs de crédibilité inévidents, de porter ensuite un j ugement de crédibilité incertain, et finalement de faire un acte de foi certain, c'est illégitime et déraisonnable. Si mes motifs de croire ne sont que probables, je ne puis que probablement me juger obligé à croire, et je ne croirai qu'avec probabilité : mais alors ce sera une simple opinion, et nullement un acte de foi dans lequel je dois mettre toute ma persuasion, toute mon énergie adhésive, toute ma résolution de croire et de défendre l'objet de mon assentiment. — Nous reviendrons sur cette théorie, quand nous traiterons de la foi surnaturelle, et nous la verrons confirmée par l'autorité même de l'Église.
(1) Sur ces craintes et soupçons imprudents, cf. Log. surn. oh]., Tliéor. X(llll.
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Théorème XI.
57. — Non seulement la foi natui'elle est absolument né cessaire et constamment \xû\q pour le facile et complet développement intellectuel, moral et même physique des enfants, mais la forme très élémentaire qu'ils lui donnent, V usage très simple et très spontané qu'ils en font, possèdent, moyennant quelques conditions faites à déterminer , une légitimité indéniable et philosophiquement inattaquable.
58. — La question de la foi des enfants qui déjà peuvent comprendre un témoignage mais ne peuvent encore en apprécier critiquement la valeur et la portée, concerne aussi la foi des at^i^/^e^ dont l'instruction rationnelle, philosophique surtout, est restée nulle ou du moins fort élémentaire. C'est donc de la foi dio charbonnier, comme on dit souvent, qu'il s'agit en ce moment; et il faut bien reconnaître que c'est de la foi du plus grand nombre des hommes, car il en est vraiment assez peu qui ne soient pas « charbonniers » en ce point. — Or, la question do savoir si oui ou non leur foi naturelle est généralement légitime, est d'abord intéressante pour la philosophie critique, et ensuite capitale pour la théologie catholique : attendu que si cette foi vulgaire, élémentaire, naïve, est un procédé illégitime dans Tordre naturel, elle ne saurait devenir légitime dans l'ordre surnaturel, Dieu ne pouvant jamais soutenir et enrichir de sa grâce des actes dont la nature condamnerait la rectitude logique ou morale (1).
59. — Avant d'examiner ce problème, disons que poules enfants et pour les adolescents à la raison incomplètement formée, pour les adultes et les vieillards qui leur ressemblent, la foi est bien plus utile, bien plus nécessaire, que pour tous les autres hommes. — L'I-'cole aristotélicienne remarquait avec une parfaite sagesse
(1) ^^oir, à ce sujet, notre Moi aie surn. fondain , u'' 131.