‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 19 sur 144 · LANGAGE ET TÉMOIGNAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE ET TÉMOIGNAGE

évidente intuition ou une évidente démonstration. Il n'\ aura là, de sa part, aucun abus de pouvoir ; et il pourra, sans incorrection logique ou méthodique, provoquer sur ces points nouveaux des actes de foi très légitimes. Mais rien ne doit être confondu en celte matière, sous peine de rendre la foi imprudente, irrationnelle, inadmissible aux yeux de la droite raison et de la juste morale.

Théorème XIV.

77. — Une exacte analyse du langage humain, soit parlé, soit écrit, soit figuré, démontre qull n'est pas toujours un témoignage proprement dit, et qu'il ne réclame ni ne mérite pas toujours, /util tV ailleurs très respectable et très autorisé, l'hommage d'un acte de foi proprement dite.

78. — Si l'opinion que nous allons examiner ici ne s'est pas encore produite, que nous sachions, sur le terrain de la pure philosophie et de la simple raison naturelle, nous devons cependant l'y supposer et l'y juger, afin do pouvoir la discuter plus logiquement, plus efficacement, quand nous la rencontrerons sur le terrain de la théologie et de la croyan?e surnaturelles. D'ailleurs, si quelques théologiens ont semblé la favoriser, c'est peut-être qu'ils avaient commencé par la caresser comme philosophes : car il nous paraît bien difficile de penser en théologie que toute parole divine soit un témoignage formel qu'on doive formellement croire, si l'on a'a pensé tout d'abord en philosophie que n'importe quelle parole humaine, dite par un savant honnête, est nécessairement une altestalion précise qui réclame une créance positive de la part de tous ses auditeurs ou lecteurs. — Or, cette manière d'envisager le langage parlé, écrit ou figuré, est certainement empreinte d'une exagération peu compatible avec les principes établis dans les deux précédents Théorèmes.

60 VERTUS TDÉOLOGALES

79. — a) Qu'on veuille bien d'abord le remarquer, notre langage articulé, grammatical, civilisé, voire même étudié, ne s'adresse pas toujours à un auditeur céleste ni terrestre. En se parlant à soi-même, intérieurement ou extérieurement, l'âme obéit souvent à un mouvement impérieux, à un instinctif besoin de fixer ses pensées ou ses sentiments, de leur donner une forme concrète et plionélique, une expression orale et verbale, parfois môme une expression chantée et musicale. — Je suppose que ce monologue soit la fidèle représentation de ce qui est pensé ou senti : est-il par le fait un témoignage? Y a-L-il là une libre volonté de manifester quelque chose à autrui, une manifestation effective, un acte d'autorité surtout? Assurément non; et si l'on veut y voir une attestation objective, c'est-à-dire un fait d'où l'on peut induire en quel état d'âme se trouve celui qui se parle ainsi à soi-même, on ne peut certainement y voir une attestation subjective réclamant un acte de foi, c'est-à-dire une sinc(" re soumission intellectuelle des auditeurs ou lecteurs fortuits.

80. — h) On voudra bien aussi reconnaître que souvent le langage humain a pour but Vobtention d'un bien physique ou spirituel, d'un secours intellectuel ou moral, d'une faveur ou d'une aumône. C'est le monologue de la prière et de l'intercession, de la demande et du désir. C'est parfois une interrogation ou un souhait, parfois une adjuration, parfois môme une imprécation. Pour sincère donc qu'on le suppose, le langage n'est pas alors un témoignage formel voulant communiquer et communiquant eÏÏecl'wemeniuie connaissance intellectuelle. Je sais que très souvent il énoncera d'abord une indigence, une nécessité, une souffrance; mais très souvent aussi ce sera là une simple constatation, et non une manifestation parfaitement superflue; en tout cas, il ne constatera (|ue pour implorer et supplier; ce ne sera pas la déposition d'un témoin, mais la sollicitation d'un mendiant. — Môme lorsqu'un supérieur demande ou

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