FOI PR ET ERNATU BELLE
divine particulière. Mais, sauf le dernier cas où Ton serait visiblement autorisé et invité par Dieu même à profiter de cette part de vérité, on ne devrait jamais chercher à s'en instruire, attendu qu'elle serait et se manifesterait en dehors du cadre providentiel où l'esprit lumain doit s'alimenter de lumière et de bonté. — Il serait évidemment antirationnel et antichrétien d'offrir spontanément le sacrifice généreux de sa confiance, de sa foi, à des êtres mauvais et irrévocablement dévoyés, condamnés, réprouvés (1). — Que si parfois il était utile et licite, non de les évoquer, mais de les interroger et de les obliger à dire la vérité, en usant légitimement et prudemment du pouvoir de l'Eglise pour les y contraindre (2); que si parfois encore, au milieu de leurs prestiges, Dieu intervenait pour éclairer soudain l'imprudent ou le coupable qu'ils tenteraient de pervertir (3), jamais ce n'esta eux qu'on pourrait croire; et s'il y avait quelque acte de foi licite ou obligatoire à faire en de pareilles rencontres, c'est à Dieu seul qu'il devrait répondre.
99. — Que la foi préternaturelle soit, comme la foi naturelle, sous le régime des vertus de prudence et de justice, ai-je besoin de le dire longuement? — La prudence, en face de phénomènes extraordinaires et de témoignages exceptionnels, est même plus indispensable que dans l'ordre accoutumé de la nature; et la valeur du témoin, l'authenticité de ses dires, la signification et l'étendue de ses attestations, doivent être examinées avec le plus grand soin. Ne pas être incrédule, mais ne pas être davantage crédule, sont deux règles d'absolue nécessité; et je ne craindrais pas de préférer, en pareille matière, l'incrédulité à la crédulité : — car, si l'une peut quelquefois nous priver d'un supplément utile de connaissances et de direction morale , l'autre
(1) Cf. Sîim. TkeoL, 22, q. 90, a. 2-3; q. 95-96; q. 172, a. 5-6.
(2) Ibid., q. 90, a. 2-3; q. 95, a. 4. !■« et 3'° ; q. 96, a. 2, S™.
(3) Ibid., q. 174, a. 5, 4™.
76 VERTUS THEOLOGALES
nous expose bien fréquemment soit à devenir les jouets de notre imagination, soit à entrer en communication avec le « mauvais » (1) qui fut « homicide dès le commencement » du monde (2). — Surtout, pour nous décider à croire à ses affirmations, quand c'est manifestement lui qui parle, il faut de bien graves raisons contrôlées par une autorité plus qu'humaine : « le discernement des esprits » est ici plus nécessaire que partout ailleurs.
100. — Quant aux manifestations préternaturelles d'ordre purement et entièrement divin, elles imposent à l'homme qui en bénéficie une obligation infiniment rigoureuse d'y croire, puisque le droit de Dieu lui-même s'y trouve engagé. Et si la justice exige de nous un «assentiment sincère aux attestations humaines, la religion , cette forme supérieure et pour ainsi parler théologale de la justice (3), soumet impérieusement toute raison créée au joug de toute révélation divine (4) dûment constatée, dûment reconnue pour universelle et « catholique. » En vertu de ce principe, que nous mettrons en pleine lumière quand nous traiterons de la foi surnaturelle, les hérétiques et les juifs obstinés, pour incapables qu'ils soient de celle-ci, n'en sont pas moins tenus de croire ce qui leur reste du Symbole normal et complet, ce que leur conscience regarde à raison comme surnaturellement révélé; et certainement ils pécheraient gravement, mortellement, en se raidissant contre cette obligation d'une foi sans doute inefficace et morte, mais conservant jusque dans sa ruine assez de force pour contraindre la raison humaine à s'incliner devant la majesté de la divine parole.
(1) Matth., VI, 13.
(2) JOAN., VIII, 4i.
(3) Sum- ThcoL, 22, q. 80, a. un.
(i) n Cor , x, 5.