FOI SURNATURELLE
SECTION II
De la^ foi suruatureilc.
Théorème XVII.
101. — Tout acte de /b/ surnaturelle inclut essentiellement en soi la coopération de Dieu lui-même; mais son objet n'est pas toujours immédiatement divin, et de là vient que la foi surnaturelle peut se diviser en immédiatement et médiatement divine.
102. — Pour être surnaturel , un acte de foi doit être produit avec le concours intrinsèque de la grâce élevant l'intelligence et la volonté humaines à la dignité, à la puissance, de causes surnaturelles. Cette élévation est complète quand la grâce est tout ensemble permanente et transitoire^ c'est-à-dire quand elle comprend la grâce sanctifiante, la vertu infuse de foi , les dons du Saint- Esprit , et les secours connus sous le nom de grâces actuelles. Mais elle est strictement suffisante avec ces dernières seulement, car elles peuvent suppléer à l'absence des autres et produire l'effet pareillement transitoire qu'on appelle acte de foi sur)iaturelle (1). — Dieu seul est l'auteur et le distributeur de l'être surnaturel, de la vie surnaturelle, de la causalité surnaturelle : toutes les grâces nécessaires à l'acte de foi surnaturelle sont donc données et appliquées par Dieu lui-même. Et comme cette donation, cette application, cette intime coopération, engagent à fond la responsabilité divine dans 1» production de l'acte de foi, celui-ci, dès qu'il est sur naturel, se trouve réellement et substantiellement garanti
(1) Cf. Log. surn. subj., Tliéor. XXI-
par Dieu même (1). Tout acte surnaturel de croyance est donc, sous ce rapport, un acte de foi divine, de foi immédiatement divine.
103. — Si pourtant on examine Vohjet sur lequel porte l'acte de foi, — a) l'on découvre que c'est parfois une vérité manifestée et garantie par Dieu même, soit que nulle cause instrumentale, nul organe de transmission, n'intervienne entre Dieu et le croyant, soit que cette intervention existe sans ôter cependant à Dieu son rôle d'unique révélateur, d'unique caution (2). — Mais l'on découvre aussi 6) que c'est parfois une vérité manifestée et garantie par xin autre témoin que Dieu, témoin collectif ou individuel appartenant à l'ordre surnaturel, attestant et certifiant comme tel , s'appuyant conséquemment sur Dieu, institué et assisté par Dieu, parlant conformément à la pensée de Dieu, mais pourtant avec une personnalité et une autorité distinctes de celles de Dieu qui n'est plus ici le révélateur principal et l'unique caution (3). — De cette distinction d'objets et de témoignages résulte logiquement la distinction spécifique des actes de foi immédiatement divine ou proprement théologale, et des actes de foi médiatement divine ou non théologale. A chacune de ces deux espèces de croyance surnaturelle , inégalement surnaturelles assurément, nous consacrerons un Article spécial.
(1) C'est pour cela, disons-le dès maintenant, que jamais l'acte surnaturel de foi ne saurait porter sur un objet faux, ou immoral.
(2) C'est en ce sens que Dieu doit être regardé comme le révélateur unique de l'Ancien Testament, encore qu'il ait employé dans cette révélation le ministère des anges (Act., vu, 58; Gal., m, 19), et qu'il ait a parlé par les prophètes, w {Symbolum Nicœmim.)
(Si Tel fut le rôle des Apôtres témoignant infailliblement de ce qu'ils avaient vu comme Apôtres, et non comme organes inspirés de la révélation; tel est le rôle de l'église et du Pape dans les canonisations, dans les condamnations solennelles d'erreurs, etc.; tel peut être le rôle des anges et des saints auxquels Dieu concède une réelle autonomie, et qui ne sont pas toujours uniqueme.it des messagers sans initiative, mais des administrateurs doués d'une véritable indépendance.
PPOGRAMME A KTUDIEF "0
Article 1. — De la foi immédiatement divine.
Théorème XVIII.
104. — Notre étude de la foi immédiatement divine comprend deux séries de questions : les unes touchant la réalité même de cette foi, les autres touchant les obligations morales qu'elle nous impose.
105. — Il ne s'agit pas maintenant d'étudier le rôle de la foi divine dans l'ensemble et dans le système de la connaissance religieuse, comme nous l'avons fait en Logique surnaturelle subjective {1).\\ ne s'agit pas davantage de l'étudier en tant que conclusion et couronnement de l'apologétique, en tant que but et résultat de la démonstration chrétienne et catholique, comme nous l'avons fait en Logique surnaturelle objective (2). — Mais il s'agit de l'étudier comme élément pour ainsi dire organique et psychique de notre vie surnaturelle présente, comme germe et racine de notre vie surnaturelle future. Elle est, en effet, le premier et par conséquent le plus indispensable moyen que Dieu a pris de créer en nous un cœur nouveau, une âme nouvelle, tels qu'ils sont requis de fils adoptifs appelés à partager, avec le Fils substantiel et premier-né, l'héritage paternel qui est le royaume des cieux.
106. — Or, pour établir entièrement et clairement ce qu'il nous importe de savoir, à ce point de vue surnaturellement biologiqioe, de la foi divine et théologale, il est nécessaire de la considérer 1" dans sa réalité de force vitale et d'acte vital, 2^ dans son obligation morale nous imposant d'inéluctables devoirs. -- Sa réalité embrasse l'o^j'e^ auquel elle croit et lerno///^pour lequel elle le croit;
(1) Surtout aux Théorèmes XXVmxxxV et LIX-LXl. (^) S\iï{ou[ diVLX Théorèmes XCIII'XCVIL
80 VERTUS TUÉOLOGALES
les facultés ou puissances, tant naturelles que surnaturelles, appelées à la produire; Vacte essentiellement surnaturel et théologal qui la constitue formellement; eiifin les modes (ï expression (\w\ la font apparaître au dehors. — Sa /î^o?'a/i7e comprend d'abord l'obligation /)osi7^^;e de croire et de manifester notre croyance; puis l'obligation plutôt négalive d'éviter les péchés contraires, ainsi que les causes de ces péchés.
Première Distinction. — Étude ontologique de la foi immédiatement
divine.
I 1. — Ohjet de la foi théoloùai.f.. Théorème XIX.
107. — Étant donnés son objet, son motif, sa lumière et son effet, qui sont divins, la foi que nous commençons d' étudier est véritablement une foi divine et immédiatement divine, théologale ou théologique, essentiellement surnaturelle enfin.
108. — Gomme les autres espèces de foi, celle-ci est un acte de connaissance motivé par Vautorité d'un témoin. Elle se distingue entre toutes, et au-dessus de toutes, par Vohjet suréminent qu'elle connaît, et par la suréminente autorité qu'elle a pour moteur de son acte, pour motif de son adhésion. — Tandis, en effet, que la fo' humaine ou angélique, naturelle ou préternaturelle croit des vérités humaines ou angéliques, naturelles ou préternaturelles, à cause de l'autorité de l'homme ou de l'ange, la foi immédiatement divine croit des vérités appartenant à Dieu, et à cause de l'autorité de Dieu,
109. — Son nom de foi divine, de foi immédiatement divine, est donc pleinement justifié par la double raison de son objet et de son motif. — Et si l'on veut considérer