‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 28 sur 144 · PAROLE DE DIEU · texte numérisé non relu

PAROLE DE DIEU

simples hommes auxquels son inspiration, c'est-à-dire ses grâces d'illumination, de motion et d'assistance, n'enlèvent rien de leurs aptitudes et de leurs procédés dttéraires. La parole biblique se trouve ainsi très voisine de la parole antique, soit chaldéenne et assyrienne, soit grecque et romaine; elle exprime toujours la vérité, mais sans emprunter des mots et des formules inintelligibles pour les temps et les régions où elle retentit d'abord (1). Les peuples étrangers, les siècles futurs, qui la liront pieusement à leur tour, ne devront pas y chercher, rendus en termes scientifiques modernes, des notions et théories inutiles au salut éternel, et pour cela négligées par le céleste inspirateur qui n'avait pas à nous en instruire (2). — Et comme l'acte de foi naturelle, répondant au témoignage des savants et des sages, se garde bien d'adhérer à ce qu'ils n'ont pas voulu affirmer, par exemple aux façons vulgaires ou poétiques et allégoriques d'exprimer les faits d'ordre physique ou moral, — ainsi l'acte de foi surnaturelle, correspondant à la grande manifestation scripiuraire, n'a pas l'imprudence et l'indiscrétion d'y chercher des enseignements et des révélations que Dieu ne voulait pas et ne devait pas y mettre. 118. — Telle était la pensée de saint Augustin, quand il disait que Dieu « n'a pas voulu nous enseigner l'intime constitution du système cosmique, » encore qu'il en parle occasionnellement, mais à la façon commune des hommes, dans plusieurs endroits des Livres sacrés. — Telle était aussi la pensée de saint Thomas d'Aquin lorsqu'il disait que les Pères, ces interprètes si autorisés de la Bible, ont exercé et nous ont transmis à nous-mêmes le droit de libre opinion relativement aux passages qui ne contiennent pas de vérités nécessaires

(1) Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait dans la Bible beaucoup de passages prophétiques ou dogmatiques dont le sens, d'abord obscur, devait s'éclairer par la suite des âges.

(2) Le pape Léon XIII, en reproduisant dans son QX\c^c\\qMQ de Studiishiblicis ce critérium de saint Augustin, semble bieu lui attribuer une valeur universelle qui est d'ailleurs parfaitement raisonnable. No'w noiïQ Traité de laSainte Écriture, p. o2, et August , de Gen. ad lilt., lib. II, c. 9, n. 20.

à la foi (1); et qu'en cela ils ont fait preuve de bon sens, puisque des interprétations trop absolues en pareilles matières donneraient aux savants de ce monde « l'occasion de mépriser la doctrine de la foi, » s'ils y voyaient exposées des conjectures surannées et des hypothèses universellement reconnues fausses (2).

119. — Telle est surtout la pensée du souverain pontife Léon XIII, dans sa récente et décisive encyclique « sur L'Étude des Livres Saints. » Non seulement il y rappelle et y approuve les sentiments des deux docteurs d'Hippone et d'Aquin, mais il déclare que les auteurs inspirés « n'explorent pas directement la nature » quand ils en parlent; qu'en la décrivant quelquefois, ils le font (( d'une certaine façon métaphorique; » qu'ils emploient à ce propos « le commun langage de leurs contemporains, » resté « jusqu'aujourd'hui en usage dans la vie quotidienne pour beaucoup de choses; » qu'ils ont «suivi l'apparence sensible des phénomènes, » et se sont conformés « à l'humaine coutume » pour « se faire entendre » des intelligences ordinaires (3). — Aussi le même pontife reconnaît-il, dans la Bible, outre les textes « concernant la doctrine de la foi ou des mœurs, )i> des choses « qui ne sont pas de nécessité de foi, » et qui « ne concernent pas proprement la règle de la foi et des mœurs (4). » — Pourquoi donc certains éléments scripturaires appartiennent-ils à la doctrine de la foi et des mœurs, sont-ils nécessaires à la foi, et regardent-ils proprement la règle de la croyance et de la morale? P-arce qu'ils sont formellement attestés par le témoignage de Dieu, par la divine parole. — Pourquoi d'autres ne sont-ils pas contenus dans la doctrine de la foi et des mœurs, ne sont-ils pas nécessaires à croire, et ne concernent-ils qu'improprement la règle de la foi et de

(i) Jn II Sent., dist. ii, q. l, a. 3

(2) Opusc. X, (al. IX).

(3) Voir noire Traité ci-dessus indiqué, p. 160-170, 231-248.

(4) Ibid., p. «3-62.

RÉVÉLATION DIVINE Sî

la morale? Parce qu'ils ne sont pas formellement attestés par l'autorité divine, et qu'ils sont de simples accessoires de son affirmation suprême (1).

Théorème XXI.

120. — L'objet de la foi théologale peut être également bien appelé la vérité révélée, attendu que la révélation divine, mieux que /'inspiration, mieux surtout que /'infusion surnaturelle de la science, constitue un témoignage formel du souverain Maître.

121. — La formule traditionnelle de parole divine désigne bien l'objet de la foi immédiatement divine : nous l'avons montré dans le précédent Théorème. Celui-ci montrera qu'on en peut dire autant de la formule également traditionnelle, mais peut-être plus conciliaire, de révélation divine; tandis que celles d'inspiration et d'infusion surnaturelle de science ont, à ce point de vue spécial, moins de clarté, de justesse et de mérite. — Le critérium principal à suivre dans cette comparaison et dans cette analyse est le concept de témoignage formel et divin : une formule est d'autant meilleure pour exprimer l'objet de la foi: théologale, qu'elle rend mieux cet élément testimonial tout à fait caractéristique et spécifique. Le terme de révélation y est très apte, moyennant quelques précisions ^ue nous allons indiquer. Ceux d'inspiration et d'infusion surnaturelle de science ne s'y prêtent pas aussi bien, et nous dirons tout à l'heure pourquoi.

122. — a) Le concile œcuménique du Vatican est lo premier qui se soit occupé de nous déclarer avec ampleur et détail la nature et la fonction cognoscitives de la foi (2). Il nous dit bien, mais seulement en passant, que l'objet en est « contenu dans la parole de Dieu biblique

(1) Sur toute la matière de ce Théorème, on pourra consulter notre brochure intitulée l'Objet de la Foi. (Lille, 1895.)

(2j Le concile de Trente (sessio VI) s'était principalement attaché à la montrer c*mme source de justification et de sanctification.

OU traditionnelle (1) » Quand il veut, au contraire, nous exposer l'essence de la foi, sa genèse, son rôle, son étendue, son obligation, ses rapports avec la raison 'lumaine, il nous la présente constamment comme l'adhésion de notre intelligence à la révélation divine et surnaturelle (2). — Et, de fait, ce mot de révélation éveille immédiatement dans l'esprit l'idée de mystère suprarationnel, supranaturel, et d'enseignement c?^l;^>^ par voie (Vautorité. Car il est manifeste que si Dieu nous révèle et nous dévoile quelque chose, cette chose était renfermée dans une obscurité impénétrable à nos regards, était inaccessible à notre raison; qu'il ne nous la fait pas découvrir par nos propres forces intellectuelles, comme le maître, le professeur, le guide intellectuel, qui dirigent la raison de leurs disciples dans l'étude des doctrines philosophiques ou scientifiques et ne sont pas strictement des révélateurs ; qu'il nous la propose enfin à croire, sur la garantie et l'autorité de son témoignage. — Que si, par miséricordieuse bonté, il daigne nous révéler certaines vérités naturelles et accessibles à notre esprit ; que si même il nous révèle les arguments et procédés rationnels par lesquels nous y pouvons humainement atteindre, il les revêt, par le fait, de cette dignité surnaturelle et de cette autorité divine essentielles au mystère proprement dit. Il ne nous les expose pas d'une façon dialectique et scolastique : mais il nous les affirme en témoin qui les contemple dans son essence infinie, où ils sont représentés comme toutes les autres vérités dérivées de cette Vérité tout à fait première et tout à fait sans limites. — La formule de révélation, de parole révélée (3), est donc parfaitement apte à désigner l'objet de la foi surnaturelle et immédiatement divine, sous la condition Je l'interpréter comme nous venons de le faire à la

(1) « Ea omuia credenda sunt quîe in verbo Dei scriplo vel Iradito coutiiientur. * (Const. de Fide, c. m.)

(2) Ibid. , c. n-iy, elcan. rclativi. ''

(3) « Cuslos et inagistra verbi revelati, » dit le concile du Vatican, dans la même conslilution, cap. m.

Page 1