‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 29 sur 144 · PAROLE INSPIRÉE · texte numérisé non relu

PAROLE INSPIRÉE

lumière du concile de 1870, et sans lui prêter jamais certaines significations controuvées comme celles d'excitation à la recherche, de secours dans la réflexion, de suggestion des preuves et démonstrations qui font apparaître le vrai lians sa propre évidence. La révélation, la parole révélée, est tout autre chose : c'est un témoignage divin afjirmatif et non probatif, un acte à' autorité souve. raine et non de science, de dialectique et de maïeutique, à la manière de Socrate (1).

123. — b) L'objet de la foi surnaturellement et immédiatement divine pourrait-il être exactement défini par la qualification de parole inspirée, à' Écriture ou de Tradition inspirées? — Si le sens de ce mot à' inspiration n'était pas nettement déterminé par les documents officiels et par la théologie authentique de l'Eglise, on serait peutêtre autorisé à s'en servir pour désigner cet objet, et pour dire que nous devons universellement et uniquement croire ce que Dieu a inspiré. Un tel langage laisserait à désirer sous plus d'un rapport; cependant on pourrait le justifier et l'employer. — Mais en réalité y inspiration signifie d'une façon précise et définitive, dans la terminologie catholicfue, une opération divine qui n'est pas complètement identique à la révélation, au témoignage surnaturel du Maître suprême des intelligences.

124. — Complétant et illuminant les textes des conciles, de celui du Vatican très particulièrement, le pape Léon XIII, dans son encyclique du 18 novembre 1893 sur les études bibliques, nous fait voir que l'inspiration est restreinte à la seule Écriture Sainte, qu'elle ne s'applique pas à la Tradition proprement dite, et qu'elle comprend plusieurs éléments distincts dont l'influence

(1) Dans son artic'e Glaiibe du Kirchenlexicon de Fribourg(2e édit., col. 634) le docte Sgheeben dit avec beaucoup de fermeté et de justesse: «Damit eine Wahrheit zum iMaterialobject des gotllichen Glaubens werde, ist es nothwendig Tind hinreichend dass Gott durch seine Offenbarung uns dieselbe als in seiner absoluten Erkennlniss enthalten Yorfîibre und diirch seine Auctoritat zurAnnabme derselben iiolhige : denn nur in diesem Fallefindet die Eriienntniss dieser Wahrbeit in Goll selbst ibre siibatantia uud ihr argumentum. »

92 VERTUS TUÉOLOGALES

collective met la personne de Vhagiographe en mesure d'écrire ou de dicter des pages véritablement divines. — Ces éléments sont, du côté de Dieu, 1° Veœcitation surnaturelle produite sur l'hagiographe en vue du texte à écrire; 2" la motion, également surnaturelle, en vue de l'acte d'écrire; 3° Y assistance pareillement surnaturelle, pendant l'accomplissement de ce même acte (1). — Du côté de l'hagiographe, il y a, parallèlement aux trois éléments que nous venons de dire, 1° conception juste de tout ce qui doit être écrit; 2*^ volonté de l'écrire fidèlement ; 3" expression apte et infailliblement vraie de ce qui est pensé et voulu (2). — L'analyse de cette double série, l'une divine et l'autre humaine, d'éléments constitutifs de l'inspiration soit active soit passive, n'y fait apparaître nécessairement ni révélation ni acte de foi. Assurément, lorsque Dieu inspire aux hagiographes d'écrire des choses que leur raison ne peut aborder et ne peut connaître, il doit nécessairement les leur révéler au préalable; et à ce divin témoignage ils doivent répondre par une adhésion formelle de l'esprit. Mais quand Dieu leur a parfois inspiré des choses naturelles qu'ils savaient, ou qu'ils pouvaient apprendre par les moyens dont la simple raison dispose, la révélation ne leur était plus indispensable et l'inspiration ne leur imposait pas tout d'abord un acte de croyance. — La révélation et Yacte de foi ne sont donc pas essentiels à l'inspiration surnaturelle, et c'est pourquoi le Souverain Pontife ne les mentionne pas dans ses déclarations relatives à celle-ci

125. — Il est plus décisif encore lorsque, parlant des mentions que la Bible fait çû et là de choses touchant à la physique et û la chimie, à la géologie et à l'astro-

(i) 1° M Supernaturali ipse (Deiis) virtute eos ad scribendiim excitavit »; 2° « et movit » ; S» « scribeutibus adslitit. ^ — Voir le texte tout entier dans notre Trailc de la Sainte Eo'iture d'après S. S. Léon XIII, p. 57, et le commentaire que nous en donnons, p. 171-180.

(2) Voir le texte pontifical et notre commentaire, op. cit., aux endroits indiqués dans la note précédente.

PAROLI^: T.VSI'lHÉr 03

nomie (1), il déclare que « Dieu n'a pas voulu les enseigner aux hommes (2). »> Il en donne avec saint Augustin cette raison, que de pareils sujets ne peuvent en rien servir à notre salut; et il fait observer que la Bible n'explore pas scientifiquement le cosmos, qu'elle le décrit seulement d'une façon métaphorique et imagée, qu'elle s'en exprime comme on le fait encore aujourd'hui en conversation, qu'elle s'attache à l'apparence sensible des phénomènes, et qu'elle s'accommode en cela à la coutume humaine et à la portée intellectuelle des lecteurs ordinaires (3). Et cependant l'encyclique pontificale affirme Vinspiration réelle et complète de tout ce qui appartient authentiquement à nos Livres sacrés (4). Ainsi Dieu n'a pas voulu enseigner dans certains passages qu'il a pourtant voulu inspirer, et qu'il a inspirés effectivement. S'il n'a pas voulu y enseigner, il n'a pas voulu davantage y révéler, y témoigner : car révéler et témoigner constituent nécessairement un enseignement par voie d'autorité. Mais, s'il ne l'a pas voulu, il ne l'a pas fait : car Dieu ne fait pas ce qu'il ne veut pas. Par conséquent, en certains endroits bibliques vraiment inspirés, nous ne rencontrons pas de révélation proprement dite; par conséquent aussi y action révélatrice et Y action inspiratrice sont logiquement distinctes, réellement séparables, et quelquefois séparées; par conséquent enfin, Vobjet de la foi ne s'identifie pas exactement, adéquatement, avec y objet de l'inspiration.

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