Cette dernière déduction est formellement
(1) « Potius quam explorationem nalurse recta persequantur, res ipsas aliquaiido describere et tractare {contenu sunt hagiographi) aiit quodam translationis modo, aut sicut communis sermo per ea ferebat tempera hodieque de multis fert rebiis in quotidiana vita, ipsos inter homines scienlissimos. » — « In locis edisserendis ubi physica agunlur, ferlasse non ita semperjudica- YQTuni {Patres) ex veritate, ut qusedam posuerint quse nunc minus probentur.) Cf. op. cit., p. o2-o2; coll. p. 164-170, 179, 217-229, 239-241, 248; l'Objet de lo Foi, p. 13-19.
(2) ^< Spiritum Dei... noluisse ista, videlicet intimam adspectabilium reruin constitutionem, docere tiomines. » (Cf. Traité de la Sainte Ecriture, p. 52.)
(3) Ihid., p. o2 ; cf. l'Objet de la Foi, p. 13-14
(4) TratU; cité, p. 55 56, 173-174. 240-241
O^t VERTUS THÉOLOGALES
énoncée par le pape Léon XIII dans la même encyclique sur les Études Scrlpluraires. Il distingue, en effet, 1" des témoignages bibliques (( appartenant à la doctrine de la foi ou des mœurs (1) ; » 2- des choses « qui ne sont pas de nécessité de foi (2) ; » 3 ' « certains endroits de l'Écriture qui n'appartiennent pas proprement à la règle de la foi et des mœurs (3). » — La doctrine de la foi cl des mœurs, c'est la révélation divine, formelle et positive, théorique en même temps que pratique. La règle de la foi et des mœurs, c'est l'enseignement de l'Église. Ce qui est contenu en cette doctrine et en cette règle est l'objet nécessaire de notre croyance, de notre acte de foi. Ce qui n'y est pas contenu n'est pas l'objet nécessaire de la foi; et il n'en est pas même l'objet facultatif, puisque nous ne pouvons pas croire, sur l'autorité de Dieu, ce dont Dieu n'a pas témoigné. Quant aux choses accidentelles et accessoires, inspirées sans doute par Dieu et mêlées par les auteurs sacrés aux témoignages formels et divins , elles appartiennent d'une certaine façon, improprement, à la règle delà foi, puisque elles lui sont confiées; mais elles ne
(1) « TesUrnoniuni aliquod biblicum... ad fidei pcrlinens morumve doctriaam. » {Ibid., p. 40.)
(2) « Namque, in his quœ de necessitate fidci non sunt^ licuit Sanctis dicersimode opinari sicut et nohis, ut est S. ïliomae sentenlia. » {In Sent. II, dist. II, q. l, a. 3. — Ibid. p. 53.) Le Souverain Pontife renvoie également ici kYOpusciiliim X du Docteur Angélique. — Le passage emprunté au Commentaire sur les Sentences signifie nettement que certaines questions relatives à la doctrine religieuse, par exemple au temps de la création des anges, sont librement disputées entre théologiens catholiques et n'appartiennent pas h la révélation, à l'objet de la foi. Léon Xlll applique formellement cette observation ù l'interprétation patristique des textes bibliques « ubi physica aguntur»; et il montre que si les Pères ont pu différer d'opinion dans l'explication de ces textes, c'est que ceux-ci ne sont pas rf^ nécessité de foi; car dans ceux qui appartiennent nécessairement k la foi, il n'était pas plus permis aux Pères qu'à nous d'avoir des opinions particulières. Et ces nîêmes textes « ubi physica ayunliir >> ne sont pas nécessaires à la foi, parce que Dieu n'a pas voulu y enseigner : noluit docere. — Dans V Opuscule X'' (IX^ de l'édition de Parme), saint Thomas, à la suite de saint Augustin, proteste contre les chrétiens qui veulent attribuer A la Bible, à la foi, à la doctrine catholique, des opinions plus ou moins scienllfiques qui n'y sont pas véritablement contenues. — La pensée de Léon Xlll est manifestement la même; et ce serait un contre-sens de traduire son « quœ de necessitale fidei non sunt » par « les vérités secondaires de la foi. « Des vérités de foi, mêmes secondaires, sont nécessaires à être crues de foi.
(3; De quibusdam Scriptura) locis non proprie ad lidei morumque perliueu bitus regulara. >■ (Traité cité, p. 02 )
lui appartiennent pas 7:>ro^r6?nen^, puisque Dieu n'a j)as voulu nous les enseigner; et le pape Léon XIII nous prévient qu'il n'y a pas de tradition ecclésiastique officielle et constante à leur sujet; elles ne sont don» pas V objet de la foi divine (1).
127. — c) Si la formule de paro/^ inspirée ne correspond pas exactement à V objet de la foi immédiatement et formellement divine, celle de science surnaturellement infuse y correspond encore moins. En effet, la science ou connaissance surnaturelle, surnaturellement infuse en nous, peut bien appartenir à la théologie soit publique soit mystique, mais non pas à la foi. — Si elle se présentait à l'âme sous forme d'une locution divine, d'un témoignage divin, elle constituerait certainement une révélation intérieure proprement dite, d'ordre privé ou même d'ordre public ; et l'âme devrait, après un jugement de crédibilité prudent, y répondre nettement par un acte de foi (2). — Mais V infusion de la science surnaturelle n'est précisément ni une affirmation logique ni une parole formelle : c'est un acte purement ontologique, par lequel Dieu, met l'esprit humain en possession d'un savoir déterminé, transitoire ou habituel, sans qu'il y ait place d'abord pour les motifs et le jugement de crédibilité, ni surtout pour l'acte de foi. Dieu ne demande au préalable au.cune acceptation, aucune confiance, aucun sacrifice, à l'esprit qu'il enrichit ainsi de science surnaturelle. Il ne parle et ne certifie pas; il ne donne pas la caution et la garantie expresses de son autorité à une doctrine, à un récit, à un fait. Assurément ce n'est pas l'erreur et la fausseté qu'il met dans l'intelligence; mais c'est par un raisonnement et non par un acte de foi que cette intelligence prend conscience de la vérité infuse en elle (3). — L'objet
(1) Ibid., p. 62 et 2il-244; cf. l'Objet de la foi, p. 15-20.
(2) Saint Thomas, dans ses Quœstiones disp. de Verit., q. xviii, a. 3, expliqu-, admirablement comment une révélation fut faite au premier homme avant sa chute, puis aux prophètes et aux apôtres, par voie de locution interne et par audition également interne.
(3) Je suppose un prophète instruit subitement de l'avenir par science infuse
connu par voie d'infusion surnaturelle n'est donc pas objet de foi pour la raison qui l'apprend ainsi, quand même il serait objet de foi privée ou publique pour d'autres ; et celte faveur extraordinaire, mystique, souvent miraculeuse, ne doit pas se confondre avec les grâces ordinaires que nous verrons entrer dans la formation de Vacte de foi.
Théorème XXII.
128. — Tantôt l'objet de la foi théologale atteint le genre humain tout entier ; et alors il s'appelle révélation publique ou universelle, — soit patriarcale et mosaïque, soit chrétienne, — soit écrite ou biblique, soit orale ou traditionnelle, — soit officiellement définie par Vautorité religieuse, soit livrée dans une certaine mesure à la recherche ou à V interprétation des particuliers; et tantôt il s'adresse uniquement à de simples individualités ou à de simples groupements, qui dépendent pourtant en cela de Vautorité publique, et qui ne peuvent imposer à autrui l'obligation spéciale où ils sont de croire,
129. — Même entendue d'un seul auditeur, la parole de Dieu peut s'adresser au genre humain tout entier, et l'obliger tout entier fi un acte de foi théologale. Tel fut, par exemple, le cas du protévangile recueilli par Adam, et imposant à tous les hommes la loi de croire en leur Médiateur et Rédempteur. L'objet de la foi se nomme alors révélation publique ou imiverselle. — Elle se divise historiquement en deux grandes catégories : l'une, anté-
propremeiit dite : son premier mouvement intellectuel sera de penser avccelle et par elle, comme avec et par les notions ou concepts spontanément et naturellement acquis. Quant à la divine origine de cette science surnaturelle, il ne pourra y penser que p^T réflexion subséquente : et comment la saurai il, sinon en observant le phénomène nouveau et inattendu de cette science dans son esprit; en constatant que rien de naturel ne la lui a conférée; en se démontrant à soi-même que la certitude et la lumière dont elle est accompagnée, l'impulsion extraordinaire qu'il ressent pour la communiquer, peut-être aussi des phénomènes extérieurs concordants, sont l'irréfragable témoignage d'unr intervention divine; et à cette locution implicite il pourra répondre enfin peut-être par un acte de foi.