PRÉFACE PARTICULIÈRE VIT
rappelé que saint Thomas est le plus sur des maîtres; et je n'hésite pas un seul instant à suivre ses principes, à employer sa méthode, sauf parfois à me souvenir que l'amitié de ce Platon, de ce Socrate catholique, doit ôti'e sacrifiée à Tamitié plus haute et plus sainte de la vérité même. — On ne serait pas un théologien fécond, si l'on ne songeait à préparer l'avenir par des travaux personnels et des pensées autonomes, dans la plus entière obéissance et soumission aux décrets et aux désirs î>'énérnux de la sagesse pontilicale. Si donc je n'ai aucunement la prétention de remplacer les traités de mes devanciers par les miens, je croirais pourtant perdre mon temps et ma peine en ne faisant que citer, copier et compiler (1). — On ne serait pas un théologien d'assez larges vues, si l'on n'écrivait ([ue pour une époque ou pour* un pays; et sans avoir le moins du monde l'intolérahle prétention de faire ici une œuvre universelle et durable, je m'efforce d'éviter un particularisme qui n ti'0|) fréquemment i*apetissé les hommes et les livrets, môme dans la sphère de la science ecclésiasticjue. La catholicité de la doctrine est fort désii'able sous ce rapport, comme sous bien d'autres. — On ne serait pas un théologien ,solidement pratique, si Ton était uniquement préoccupé d'une extrême abondance de détails, au risque d'étouffer et d'obscurcir les principes. Voulant bien
(1) Clément VH écrivait. tu cardinal Gilles de Viterbe les lignes suivantes qui sont une fortifiante et consolante lumière pour les théologiens de tous les temps. « Multa licet vol disputare vcl scribcre qux non alii sentiant, dummodo aliéna a verilate et sanctœ Ecclesiœ universali traditione prave non sentianlur, atque e Scripturis sacTis sensus potius fueril relalus quam ablatus. Nec enini respectus ullns liumamis a navando Deo operam débet avocare, quin quod quis studiose indagavit, pie ac sincère proférât, dum prolatum non contumaciter asserat, sed Erclésùv judicio semper subjieiat. » (Rapporté par Thomas Herrera, Alphabetwn Augusiinianiim, dans Noël Alexandre, Hist. eccl., s. XV, \, 5, 16, et s. xvii, 354; cf. Migne, Cursus Theol. conipt.^ t. X, col. 1440.)