‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 33 sur 144 · EXI'LICITE ET IMPLICITE · texte numérisé non relu

EXI'LICITE ET IMPLICITE

(lliiisi, et l'autre, sa filiation humaine par rapport à Tviane).

139. — L'introduction d'un terme ou élément logique non révélé dans une série de jugements révélés empêche îcllement d'aboutir à une conclusion de foi théologale que l'Eglise a solennellement proscrit la prétendue foi des luthériens en leur propre justification. Personne, dit le concile de Trente, « ne doit douter de la miséri corde de Dieu, du mérite du Christ, ni de la vertu et de l'efficacité des sacrements : » car ce sont là des vérités certainement révélées , et qu'il faut croire sous peine d'hérésie. Mais, « quand on se regarde soi-même, avec son infirmité et son indisposition personnelles, on peut trembler et craindre au sujet de sa grâce, » car Dieu n'a rien révélé touchant ces dispositions subjectives; et par conséquent a nul ne peut savoir, avec la certitude de la foi qui n'admet rien de faux, qu'il a obtenu la grâce de Dieu (1). » — Il semblerait peut-être que cette certitude fût possible relativement aux enfants baptisés, et qu'on pût faire un acte de foi sur leur état de grâce au sortir des fonts sacrés. Mais non : si certaines que soient la validité du sacrement qui leur est conféré, et au moins pour lo ministre lui-même la sincérité de l'intention qu'il a eue de faire ce que fait TÉglise, ni cette sincérité ni cette validité ne sont des faits divinement attestés, et leur résultat, d'ailleurs théologiquement certain, n'est point certifié par l'autorité divine.

140. — Saint Thomas propose quelque part le raisonnement suivant, qui n'est pas dépourvu d'apparences de rectitude : « Une des choses appartenant à la foi est que fon doit croire â la présence du vrai corps du Christ dans le sacrement de l'autel. Or il peut arriver, si la consécration n'a pas été régulière, que le vrai corps du Christ ne soit pas là, mais seulement du pain. Le faux peut donc être cru par la foi (2). » Mais le saint Docteur

(1) Sess. VI, c. 9; cf. can. 12-16.

(2) Sîim. Theol, 22, q, 1, a. 3, obj. 4.

répond : « La foi des croyants ne se rapporte pas à telles ou telles espèces du pain, mais à ceci, — que le vrai corps du Christ est sous les espèces du pain sensible, quand ,a consécration en aura été régulière ; si donc cette consécration n'a pas été bien faite, cela n'introduira aucune fausseté dans l'acte de foi (1). » — Pourquoi la présence réelle dans telle hostie déterminée n'est-elle pas objet de foi divine, au moins pour le prêtre qui sait l'avoir consacrée avec une intention normale? C'est que des éléments non révélés entrent dans cette connaissance : ce pain est-il vraiment du pain? ce prêtre a-t-il été validement baptisé? a-i-il été validement ordonné? a-t-i/ voulu consacrer et a-t-^7 consacré comme il faut? On répondra le plus souvent oui avec une entière certitude ; mais cette certitude ne sera pas appuyée sur la garantie divine de la révélation; et finalement la croyance à la présence réelle « sous telles et telles espèces » sera un acte théologiquement et surnaturellement très sage , très méritoire, très nécessaire, mais il ne sera pas un acte de foi théologale.

141. — En vertu de la même doctrine, la foi théologale ne saurait embrasser les définitions pontificales ou conciliaires, infaillibles cependant, relatives à la canonisation des saints, à l'approbation solennelle des ordres religieux, à la condamnation de certains auteurs ou de certains écrits, — parce que ces faits-là ne sont pas contenus dans la révélation, bien qu'ils soient connexes avec elle et manifestement éclairés par elle. — Il en fau dire autant de la légitimité de tel pape comme successeur de saint Pierre; car, encore que l'existence perpétuelle de cette succession dans le rôle de pierre fondamentale de l'Église soit un point de foi, ni l'existence de tel successeui* en particulier, ni la validité de son baptême et de son élection pontificale, n'ont été explicitement ou impli-

(I) « \'\des credenlis non refertur ad bas species paiiis vel illas. sed ad hoc vjuod vorurn corpus Ghristi sit sub speciebus (taiiis seiisibilis quaiido recte îuerii cousecratuin. Unde, si non sit recte coasecratum, (idei non suberitpropter hoc falsum. » (/bid..ad 4"».)

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