‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 39 sur 144 · FOI ET MOEURS · texte numérisé non relu

FOI ET MOEURS

deux catégories de choses; l'Église est infaillible quand elle définit ou condamne soit touchant l'une soit touchant l'autre; nous sommes obligés à une entière soumission envers l'une et envers l'autre. — Or deux exagél'ations nous semblent se produire, en sens opposé, dans la manière d'entendre cette formule. Quelquefois on |)araît supposer qu'elle vise uniquement Vacte de foi, et que la révélation des mœurs ne s'adresse qu'à notre intelligence; et quelquefois on semble admettre que cette révélation des mœurs concerne exclusivement notre volonté, de telle sorte que nous devrions lui obéir en agissant uniquement, sans obéir d'abord en croyant. Il n'est pas inutile d'éclaircir une telle ambiguïté, d'éloigner une telle confusion.

155. — a) Toute affirmation divine, proposant directement un objet quelconque à notre intelligence et réclamant d'elle en retour un acte de foi, s'adresse toujours indirectement à notre volonté ; et cela pour deux raisons très convaincantes. — D'abord parce que la parole révélée, si croyable qu'elle soit, n'a pas Vévidence immédiate ou médiate qui détermine par elle-même l'adhésion de l'esprit au vrai. Privée de cette évidence, elle ne peut que solliciter sans jamais déterminer d'emblée la production d'un acte de foi très possible et très convenable, mais insuffisamment provoqué par elle. Il fiiut que la volonté, éclairée et mue par l'évidence du jugement de fidélité ou de crédibilité, commande à la raison indécise, comme une chose absolument prudente et obligatoire, d'accomplir l'acte de croyance surnaturellement divine, l'acte de foi théologale (1). — De plus, la tendance spontanée et la coordination providentielle de la foi la portent à se manifester par des œuvres pratiques, volontaires et libres, qui sont comme la

nentes; le concile de Trente (scss. IV, pluries), et celui du Vatican (sess. III cap. Il ; sess. IV, cap. m et iv), s'en servent évidemment dans le même sens cf. Traité de la S tinte Écriture, p. 199-203, 239-248.

(1) Cf. Loçi. surn. obj., Théor. XCII.

réflexion de sa lumière, ou comme la transformation de sa clarté en chaleur et en mouvement vital (1). — Toujours donc la parole divinement révélée se propage de notre intelligence jusqu'à notre cœur, et toute révélatlon explicite pour la raison est une loi implicite pour la volonté.

156. — b) Réciproquement, la législation surnaturelle directement imposée à notre vouloir s'adresse indirectement sans doute mais inévitablement à notre intelligence, pour lui demander un acte de croyance. — Car rien ne saurait pénétrer jusqu'à la volonté ni obtenir son amour, si préalablement il ne passe par l'intelligence et n'est reconnu bon par elle. Quand c'est un bien révélé, elle ne le saisit, elle ne le juge bon, que par un acte de foi théologale; et en conséquence Dieu ne peut vouloir directement nous insinuer ses commandements surnaturels , sans vouloir indirectement ou obliquement, comme disent les scolastiques, nous intimer un témoignage auquel notre raison doit adhérer en y croyant surnaturellement. — Et puis les lois, les préceptes , les conseils, émanés de l'infinie sagesse dans l'ordre de la grâce, sont pour ainsi dire la traduction morale de certaines vérités, de certains jugements, de certaines attestations, qui émanent de la science infinie dans ce même ordre surnaturel. Lorsque Dieu prescrit et légifère pour la volontéhumaine, il enseigne donc aussi pourThuniaine raison : et toute législation divine explicite est une révélation divine implicite (2).

157. — c) Voilà pourquoi, dans le langage biblique, les mots de justices, de justifications , de témoignages, de /o/, àQ parole, àQ mandement (3), ont fréquemment la double signification d'enseignements et de préceptes ; et pourquoi nous y devons répondre par le cœur aussi bien que par

(1) Cf. Morale siirn. fondam., Théor. XXII.

(2) Voir ci-dessus, n»' 142-145.

(3) Le Psaume CXVIII les répète à chaque verset, tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre des deux sens que nous indiquons ici.

l'esprit. —Voilà pourquoi, dans le langage ecclésiastique et théologique, la doctrine ou règle de la foi et des mœurs (1) est considérée comme un tout homogène, auquel le chrétien est absolument tenu de conformer son savoir et son vouloir, l'un en croyant et l'autre en obéissant ; et pourquoi Dieu nous est montré, dans l'ensemble de la théorie catholique, comme un maître enseignant en même temps qu'un maître gouvernant. — Cependant l'union de la règle de la foi avec la règle de la morale ne va pas jusqu'à une complète identité : les symboles officiels de la foi n'ont pas de caractère explicitement moral; et les formules traditionnelles du décalogue ou des commandements de l'Église ne prescrivent pas expressément l'adhésion aux vérités dogmatiques. Les articles de foi sont directement promulgués pour l'intelligence, et les articles de loi pour la volonté. On croit explicitement à la révélation ; on ohéit explicitement à la législation.

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