‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 42 sur 144 · FOI DES SIMPLES · texte numérisé non relu

FOI DES SIMPLES

autorisé qui puisse être (1). — Dialectiquement donc et psychologiquement, l'acte de foi théologal est d'une autre catégorie que le jugement de crédibilité, puisqu'il n'a pas l'évidence de celui-ci. Métaphysiquement, théologiquement, il appartient à la catégorie de la vision intuitive, soit divine soit béatifîque, attendu qu'il participe à la science même de Dieu, non pas encore quant à son évidence mais déjà quant à son infinie certitude. Et comme cette certitude infinie est objectivement identique à l'infinie évidence de l'acte divin de connaissance, l'acte de foi est sûrement garanti et cautionné par celle-ci ; et le crépuscule, la demi-lueur, que son objet projette dans notre intelligence, est incontestablement le reflet de l'infiniment claire vue que Dieu a de soi-même et de tout. — Aussi ne pouvons-nous hésiter à conclure que l'acte de foi est incomparablement supérieur au jugement de crédibilité, de même qu'à tous les jugements naturellements évidents : il les surpasse tous en certitude; et à défaut à'évidence, il a une objectivité mille fois plus réelle que la leur à tous tant qu'ils sont.

191. — Le rôle si rassurant du motif de la /bz nous suggère une nouvelle réponse, la plus nette et la plus satisfaisante de toutes, à l'objection tirée de la préparation fort imparfaite, fort irrégulière, dit-on, de l'acte de foi théologale des enfants, des ignorants, des simples fidèles. On prétend qu'ils déraisonnent le plus souvent sur la question des motifs de crédibilité, et qu'ils sont privés par conséquent des secours surnaturels nécessaires pour croire surnaturellement et méritoirement. — Nos observations antérieures sur la foi naturelle des petits et des humbles suffiraient largement à résoudre cette difficulté (2). Mais nous y ajoutons 1. que si une connaissance

(1) L'acte de foi n'est nullement la conclusion d'un syllogisme, ou d'un raisonnement quelconque ; il ne résulte pas d'une démonstration, mais il répond à une affirmation, à l'affirmation de Dieu. C'est un point sur lequel on ne saurait trop insister ; mais il n'empêche pas l'acte de foi de bénéficier totalement des certitudes et des évidences afférentes à ses préambules.

(2) Cf. ci-dessus Théorème XI: Haunold, Theol. specuL, lib. III, tr. ix, c. 2, contr. 3 ; L. DE Pompignan, Controverse pacifique sur la Foi des enfants et des adultes ignorants. iMigne, Cursus Tktol. compL, t. vr, col. 1039-1560.)

absolument fausse des raisons et du motif de croire à la révélation, doit assurément empêcher la production d'un véritable jugement de crédibilité et d'un véritable acte de foi, elle n'est pas si fréquente qu'on paraît le supposer, chez les simples fidèles du moins, car chez les doctes la sophistique peut être plus fréquente et plus nuisible; 2.- que l'essentiel, en fait de motifs de crédibilité, se réduit à un fort petit nombre de points très faciles à bien connaître; 3. que le plus essentiel, le motif même de la foi, l'autorité de Dieu, est la chose du monde la plus manifeste, la moins sujette aux doutes et aux erreurs; 4. que des ignorances ou inexactitudes dans les points accidentels, accessoires, ne sauraient entraver l'opération surnaturelle du croyant et la coopération surnaturelle de Dieu; 5. que toute l'apologétique préliminaire à l'acte de foi théologale est concrétisée, suivant la déclaration du concile de 1870, dans l'Église catholique dont l'existence, la divinité, la doctrine, sont tout à fait obvies et accessibles à quiconque est en rapport avec elle et sait réfléchir; 6. que ce moyen d'arriver à la foi est revêtu de toutes les conditions de prudence, de logique, de rectitude, exigées par a l'auteur et le consommateur de la foi (1); » 7. qu'en fait c'est presque toujours et peut-être même toujours par cette voie si droite, si plane, si sûre, que les hommes parviennent à croire; et qu'ainsi 8. leur contact s'établit d'une façon rigoureusement exacte avec le motif de la foi, avec l'autorité divine, garantie souveraine et sceau infaillible de notre croyance surnaturelle (2).

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