‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 44 sur 144 · MOTIF SURNATUREL · texte numérisé non relu

MOTIF SURNATUREL

hérétique (1), a donc été fort utilement confirmée et amplifiée par l'autorité pontificale au concile de 1870 ; et notre devoir très particulier, très urgent, est d'y opposer l'apologétique traditionnelle de l'Église dans toute sa rigueur et dans toute sa vigueur, ne cédant rien aux rêveries des sentimentalistes et des kantistes bien ou mal intentionnés.

Théorème XXIX.

196. — Encore que le motif de la foi n'agisse qu'en tant quil est vérité d'ordre naturel, il est cependant assez revêtu par Dieu d'énergie surnaturelle, pour concourir efficacement à la production de l'acte essentiellement surnaturel de foi théologale,

197. — L'influence du motif de la foi théologale sur cette vertu afin de la mettre en mouvement, et sur son acte afin de le faire éclore, présente une difficulté d'explication qui a maintes fois embarrassé nos ' psychologues. — La vertu de foi, Tacte de foi, sont essentiellement surnaturels, comme nous le savons déjà et comme nous le montrerons plus amplement bientôt. Or, le motif de la foi, l'autorité de Dieu, n'est-il pas une notion d'ordre purement naturel ? Notre intelligence humaine ne la découvre-t-elle pas en réfléchissant sur les données du monde sensible, et n'est-ce pas elle qui nous le propose comme raison logiquement et moralement suffisante de croire à la « parole de Dieu »? — Sans doute celle-ci renferme plus d'une déclaration, plus d'une révélation, relativement à ce motif qui devient ainsi une vérité dogmatique et surnaturelle. Mais ce n'est pas comme tel qu'il peut solliciter et mouvoir notre croyance : autrement il nous induirait , chose indigne de Dieu, à commettre un sophisme indigne de

(1) Le pape, en effet, condamna les articles de Lulle, « ut erronées et maximam partem hsereticos, » par son décret du 26 janvier 1376.

nous, en nous portant à croire la révélation parce que Dieu a révélé qu'il le faut, à croire que Dieu a dit vrai parce qu'il affirme dire vrai. Une telle foi serait à coup sûr un grand sacrifice de notre part, — sacrifice trop grand, que Dieu ne nous demandera jamais parce qu'il ne veut et ne peut vouloir rien de déraisonnable. Le motif de la foi se présente donc à nous comme un principe naturel, rationnel, philosophique. — Mais alors comment peut-il agir dans l'ordre surnaturel de la foi, où son rôle est manifestement capital? S'il n'était question que du motif de crédibilité qui, lui aussi, est naturellement démontré, naturellement évident, naturellement certain, nous aurions la facilité de répondre que son influence dans la production de l'acte de foi n'est que médiate et lointaine. Au contraire , le motif de croyance est immédiatement et intimement en contact avec Vacte de croire : et ce contact paraît inexplicable sj les deux termes à unir ne sont pas de la même catégorie d'êtres. — Aussi nombre d'auteurs, voulant d'une part esquiver le cercle vicieux signalé tout à l'heure, et voulant d'autre part surnaturaliser complètement le motif de la foi en le considérant lui-même comme révélé, comme divinement attesté, ont supposé que l'esprit ne saisit pas cette qualité surnaturelle avant de croire, mais dans Vacte même de croire. — J'avoue ne pas comprendre du tout que cela se puisse faire ; toutefois , comme c'est peut-être faiblesse intellectuelle de ma part, je me contente d'observer que cette solution très subtile est encore plus inutile. Si , en effet, le motif n'est pas connu comme surnaturel avant que de mouvoir ma raison, sa surnaturalité ne sert de rien puisque elle ne détermine et ne meut pas (1).

198. — La cause de cette difficulté, et de l'insuffisante solution qu'on y apporte, paraît être la notion exagérée

(1) Il ne s'agit pas, en effet, d'une motion mécanique transmise à un mobile qui la subit sans la connaître: mais d'uno motion inteUcrfuclIc consistant ormellement dans la proposition d'une vérité à l'esprit, et dans Vacceptation consciente qu'il en fait.

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