‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 45 sur 144 · MOTIF SURNATUREL · texte numérisé non relu

MOTIF SURNATUREL

qu'on se fait de rinfluence exercée par le motif de la foi sur la vertu à mouvoir, sur l'acte à produire. On suppose qu'il faut absolument que leur surnaturalité à tous les trois soit égale, et qu'elle soit formellement et distinctement perçue par le fidèle; qu'il veuille donc expressément faire un acte, non pas seulement suprarationnel, mais surnaturel; et que, pour le faire tel, il entende explicitement se servir d'un motif surnaturel et d'une vertu surnaturelle. — Or, cette théorie pèche par un double excès. Il n'est pas nécessaire, tout d'abord, que le motif dJwn acte surnaturel de foi ^oii subjectivement aussi surnaturel que celui-ci ; il n'est pas nécessaire, d'ailleurs, que le croyant ait une connaissance expresse de la surnaturalité des principes d'après lesquels il agit, ni des effets auxquels il tend et arrive avec l'aide de la grâce divine. — Expliquons soigneusement ces deux observations.

199. — a) Si Vacte de foi ne procédait que logiquement de son motif, de l'autorité de Dieu intellectuellement et antérieurement connue, — comme les conclusions syllogistiques procèdent uniquement et logiquement des deux prémisses qui leur servent de motifs, — il ne saurait être surnaturel que si son motif était luimême logiquement surnaturel, c'est-à-dire, proposé et connu par voie de révélation. — Si la vertu surnaturelle de foi ne passait de la puissance à l'acte que sous l'influence de ce motif, il faudrait probablement aussi qu'il fût surnaturellement révélé et connu, pour avoir une si haute efficacité. — Mais Vacte de foi ne procède pas exclusivement de son motif: il procède de la volonté prévenue et soutenue de la grâce ; il procède du jugement de crédibilité pareillement prévenu et soutenu de la grâce; il procède des connaissances religieuses qui ont amené ce jugement et qui ont déjà participé à la grâce ; il procède notamment et tout particulièrement de la connaissance de l'autorité de Dieu sur nous, connaissance à laquelle ne fait assurément pas défaut

cette grâce que nous verrons requise et accordée par Dieu pour « le commencement de la foi. » (1) — La vertu de foi n'est pas non plus uniquement excitée par la conviction que nous avons du droit de Dieu sur notre esprit. Elle est premièrement et principalement mise en action par la grâce divine actuelle , sans laquelle nous serions à jamais incapables de nous servir de ces puissances surnaturelles qui sont bien en nous, mais infiniment au-dessus de nous.

200. — Le rôle et l'influence du motif de la foi, ainsi réduits à leurs vraies limites, n'exigent certainement plus cette entière et pleine surnaturalité qu'on était d'abord tenté de réclamer pour lui. N'ayant pas à mettre seul en mouvement le processus psychologique nécessaire à la production de l'acte de foi, il peut se contenter d'être accidentellement et pour ainsi dire superficiellement surnaturel (2). S'il ne l'est pas en tant que vérité en soi, que principe logique, que moteur objectif, il l'est en tant que vérité conçue, que principe psychologique, que moteur subjectif, puisque la grâce coopère intimement à la connaissance et à la certitude que nous en avons. — Du reste, s'il n'est pas aussi complètement et parfaitement surnaturel que les objets révélés et que les vérités de foi qu'il nous détermine à croire, il les surpasse par Vévidence qu'il possède en propre et qu'ils n'ont pas encore pour nous : cette supériorité relative lui confère un titre assurément efficace pour mouvoir la raison humaine à produire l'acte de croyance théologale (3).

20L — Si distincts, en effet, que soient l'ordre naturel et Tordre surnaturel, leurs puissances ont y>ouy substratum commun la môme nature humaine ; ou plutôt les

(1) Nous en avons déjà parlé en Log. surn. subj., p. 75-76.

(2) Supernaturale quoad modum, non quoad substantiam, disent les scolastiques modernes.

(3) Elle ne cesse pas, en effet, d'être la raison humaine quand elle est revêtue de la foi surnaturelle; et si le motif de croire, qui est naturellement capable de la déterminer à l'état naturel, se trouve élevé par la grâce actuelle à l'ordre surnaturel, on ne concevrait pas qu'il fût incapable de mouvoir si peu que ce fût la raison surnaturalisée.

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