ANALYSE ET SYNTHÈSE
I 4. — L'A(yrE de foi théologale.
Théorème XXXIII.
248. — Z'acte de foi théologale est un fait d'intellcclion ou de connaissance surnaturelle ; il appartient à la catégorie des jugements; et Von pourrait le qualifier de jugement surnaturellement synthétique.
249. — L'objet, le motif, les sources dynamiques de l'acte de foi théologale, ces éléments tout ensemble naturels et surnaturels que nous avons jusqu'ici considérés, et dont l'étude, chez les théologiens modernes, prend souvent le nom d'analyse de la foi (1), ne constituent pourtant pas encore la foi proprement dite, la foi actuelle et formelle, Vactede foi. La vertu même de foi, malgré son excellence, est seulement un préambule, assurément réel et vivant, de cet acte pour lequel Dieu la répand en nous. C'est en effet à la croyance active et actuelle qu'elle tend, comme la révélation divine, comme les motifs et le jugement de crédibilité, comme l'autorité du souverain Maître. Notre acte de foi est le terme, le but, le fruit, de toutes ces grandes et sublimes choses. Il en est aussi, d'une certaine manière, l'exact et complet résumé; et si nous voulions appeler analyse de la foi nos précédents Théorèmes, nous pourrions attribuer à celui-ci le titre de synthèse de la foi. Mais soyons plus simple et plus clair, et parlons seulement de Vacte de foi théologale.
250. — Nous ne redirons pas, l'ayant si fréquemment observé, que c'est « un acte de connaissance intellectuelle et surnaturelle fondé sur l'autorité du témoignage divin. » — Ainsi que tous les actes de l'intelligence , c'est une perfection accidentelle née de la puissance connaissante et de l'être connu, ajoutée à la perfection
(1) Nous ne croyons pas devoir y insister; la méthode et le plan que nous suivons nous en dispensent, croyons-nous, à peu près complètement.
subjective de celle-là et représentant la perfection objective de celui-ci, leur servant à tous deux de trait d'union vital et identificateur, par lequel, disent très justement les anciens philosophes, l'intellect et l'intelligible ne font plus qu'un. Mais, comme c'est un acte surnaturel, ce n'est pas de la simple faculté naturelle qu'il procède, et ce n'est pas à elle en son état simplement naturel qu'il est ajouté et inhérent. Il l'a pour principe, et pour substratum, en tant qu'elle est surnaturalisée par les forces transitoires ou permanentes antérieurement décrites. Et s'il l'unit, s'il l'identifie à l'objet divinement attesté, révélé, c'est l'union et l'identification de deux termes surnaturels qu'il opère. — D'où l'on voit que sans nulle exagération la sainte théologie a pu le considérer comme un intermédiaire entre la connaissance naturelle et la vision béatifique, — puisque ce n'est plus seulement aux signes et indices créés de la science divine qu'il nous unit, que ce n'est pas encore à l'essence infinie identique à cette science, mais que c'est déjà à la parole miraculeuse, infaillible, personnelle, révélatrice, en laquelle Dieu a mis une part de son savoir immense (1). — Si donc l'acte de foi théologale ressemble d'une certaine manière aux connaissances purement conjecturales et opinatives que nous formons sans évidence, il les surpasse sans mesure par son absolue certitude qui est à l'abri de tous les doutes fondés, de toutes les hésitations prudentes, de toutes les inquiétudes louables ou tolérables. — Croire surnaturellement , ce n'est pas encore voir intuitivement et béatifiquement; mais c'est en approcher, en faire pour ainsi dire le noviciat, et en mériter sous de certaines conditions la gloire et la joie ineffables. C'est surtout s'assimiler, par une opération vitale et libre, à Celui qui est la source de toute vérité, de toute vie, suivant cette magnifique déclaration du Rédempteur: «La vie éternelle, (ô Père céleste), est de
(1) Cf. Log. snvn. snbj.. Tbéorèines LIII-LIV, et Lo(j. surn. oty.^ Tliéorème XCV.