JUGEMENT DE FOI
VOUS connaître, vous, le seul Dieu vivant, et Jésus, le Messie que vous avez envoyé (1). »
251. — La théorie et l'expérience psychologiques distinguent trois catégories d'actes dans notre vie intellectuelle : simples notions, jugements, raisonnements. — A laquelle faut-il rapporter la croyance ou intellection théologale? Car il est manifeste qu'elle appartient à l'une d'entre elles, puisque, naturel ou surnaturel, tout acte d'intelligence finie est constitué soit par un concept unique, soit par deux réunis dans une affirmation ou une négation, soit enfin par trois ou davantage enchaînés entre eux pour aboutir à un jugement final. — Évidemment l'acte de foi n'est pas seulement une notion dégagée de toute appréciation sur sa vérité ou sa fausseté : penser Dieu, la Trinité, l'Incarnation, est aussi bien le fait de l'hérétique, de l'incrédule, que du catholique fidèle. — Il n'est pas non plus une intuition surnaturelle de la vérité divine, comme la vision glorieuse et béatifique des élus : même la plus sublime contemplation mystique n'y atteint pas (2). — Il n'est enfin ni argumentatif ni dialectique, comme les syllogismes et autres raisonnements théologiques dans lesquels il entre à titre d'élément, sans jamais se confondre avec eux (3).
252. — Il est formellement un jugement affirmant la connexion de deux termes que la révélation lui montre connexes, ou niant l'accord de deux autres termes qu'elle lui montre opposés entre eux (4). — Croire explicitement à la Sainte Trinité, c'est juger que les notions de
(i) Cf. Lo(j. surn. subj., Théorèmes LXXIII-LXXIV.
(3) Voir ci-dessus, ii° 190.
(4) Les scolastiques nommaient eniintiabile ce que nous nommons jugement. — Saint Thomas observe avec beaucoup de juslesse que notre intelligence, en formant un acte de foi, a sans doute pour objet une chose ou réalité simple, exprimée par une simple appellation dans les symboles et professions de foi. Car on n'y lit pas : « Dieu est un », « Jésus-Christ est fils de Dieu », etc. ; mais : «Je crois en un Dieu », «Je crois en Jésus-Christ fils de Dieu », etc. — Cependant c'est en jugeant que nous croyons et que nous formons l'acte de foi ; attendu qu'ici bas toutes nos adhésions ou refus d'adhésion intellectuelle sont complexes et par manière de jugement. (Cf. Sum. TlieoL, 2:2, q. 1, a. "2.)
nature divine unique et de subsistance en trois personnes se conviennent : « L'unique nature divine est subsistante en trois personnes. » — Croire explicitement à l'immatérialité de Dieu, c'est juger que les notions de nature divine et de matérialité ne se conviennent pas : « La nature divine n'est pas matérielle. » — Croire implicitement à la transsubstantiation, c'est juger que d'une part la 7io^io^ révélée par Dieu, enseignée par l'Église, relativement à l'eucharistie, et d'outre part la notion de vérité ou d'exactitude se conviennent : « Ce que Dieu a révélé , ce que l'Eglise enseigne touchant l'eucharistie , est vrai. » — Croire implicitement à toutes les vérités attestées par Dieu, proposées par l'Église, c'est juger qu'il y a convenance et connexion entre la notion de parole divine ou de définition ecclésiastique et celle de certitude objective : « Tout ce que Dieu a révélé, tout ce que l'Église a défini, est vrai. » — Le jugement implicite ou explicite ainsi porté par l'intelligence humaine surnaturalisée, est une formelle et complète adhésion à l'autorité divine : c'est Vacte de foi lui-même. — L'adhésion subséquente de la volonté se dévouant à faire passer les principes de la foi dans la pratique quotidienne de sa vie, n'est pas identique et n'est pas nécessaire à la croyance théologale. — A plus forte raison le jugement antécédent de. crédibilité n'est-il pas constitutif de cette croyance. L'acte de foi est donc entre les deux, après le catéchwménat et avant la vie chrétienne, — non sans doute chronologiquement, puisque pour les fidèles la foi se mêle constamment à toutes leurs autres opérations, — mais logiquement, puisque pour les adultes appelés à l'Évangile il y a cette succession de trois états distincts : préparation à la foi, production de la foi, mise en pratique de la foi.
253. — Le jugement qui constitue essentiellement et formellement l'acte de foi n'est certainement pas analytique : le motif pour lequel nous affirmons Vexistence de V Incarnation n'est nullement que ces deux termes soient inclus l'un dans l'autre, et qu'en analysant l'idée