‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 51 sur 144 · FECONDITE DE LA FOI · texte numérisé non relu

FECONDITE DE LA FOI

d'Incarnation l'on doive y trouver celle de réalité. — Mais tout jugement de foi est syyithétigue, parce que l'autorité divine nous atteste la connexion de ses deux concepts et que nous ne pouvons conséquemment en douter. — Quand je crois que le Verbe divin est substantiellement uni à la nature humaine, c'est la révélation qui m'affirme la connexion de ces deux notions, et qui me décide à juger sans aucune hésitation que le Fils de Dieu est aussi le Fils de r homme depuis le jour de l'Incarnation.

— Que si l'on veut une formule brève et précise pour caractériser ce qui vient d'être dit sur le jugement de croyance théologale, nous proposons celle-ci : l'acte de foi divine est un jugement surnaturellement synthétique.

— Cela ne signifie pas du tout qu'il soit synthétique a priori, comme disent les kantistes; ni que la synthèse de ses termes soit due au sentiment ou à l'aveugle volonté : elle est due à l'attestation de Dieu qui nous oblige à l'attester nous-mêmes par ce jugement de foi théologale.

Théorème XXXIV.

254. — L'acte de foi théologale est doué d'une admirable fécondité surnaturelle; même dépourvu de la vie totale qu'il reçoit de la grâce sanctifiante, il tend efficacement vers elle, étant véritablement une racine de justification, et aboutissant OMX fleurs et aux fruits des dons du Saint— Esprit et des béatitudes,

255. — La fécondité de l'acte de foi le complète dans sa perfection surnaturelle, et mérite de notre part une attention qui ne sera pas sans profit scientifique. — Il est fécond, même avant d'être vivifié par la grâce sanctifiante, même quand il ne procède pas de cette forme essentielle de la vie chrétienne, et lorsque en conséquence il doit encore être qualifié d'informe (1). — Il est déjà sur-

(1) Sur la véritable significalion de ce mot, voir Siirh. TheoL, 22, q. 6, a. 2.

naturel, nous l'avons montré (1); et bien qu'il n'efface point par lui-même la faute de l'infidélité antérieure, il opère déjà le grand effet «de mettre un terme, dit saint Thomas, à ce même péché-là (2). » — Du reste, au point de vue de l'intelligence, rien ne manque à cet acte imparfait pour être véritablement un acte de foi; et bien que la volonté tarde à lui fournir l'appoint de la charité et de la grâce sanctifiante (3), il est le véritable germe de la vie surnaturelle dans l'âme humaine. Faisant à Dieu le sacrifice de l'intelligence, il fait déjà, quoique imparfaitement, celui de la personnalité entière, puisque la raison est le premier et universel moteur parmi les puissances intérieures de l'homme. — Et comma la Vérité suprême à laquelle nous adhérons par la foi est identiquement aussi la Fin suprême à laquelle il faut tout subordonner par la charité, l'acte de croyance théologale tend spontanément, pour ainsi dire physiologiquement, à l'évolution incessante et complète de notre vie morale, dans le sens de la conformité et de l'union les plus parfaites possibles avec Dieu (4).

,256. — Si l'acte de foi théologale se produit plus ou moins fréquemment sans la vertu de foi et avec les seuls secours transitoires dont nous avons précédemment traité, il appelle nécessairement cette vertu dont il est connaturellement le fruit, quoique son appel ne soit pas nécessairement et toujours réalisé. — L'ordre général de la Providence veut du moins qu'il le soit, dès que l'impénitence et l'attache au péché mortel en des points différents de la fidélité à croire n'y feront plus obstacle. — Cet ordre général, en effet, demande qu'un

(1) Théorèmes XXX-XXXU.

{-2) «nie qui accipita Deo fidem absque charitale, non sinipliciter sanaturab iufidelitate, quia non removetur culpa pnucedentis inlidelitatis : sed sauatur secunduni quid, ut scilicet cesset a tali peccato. >- [Ibid., >.)

(3) Ibid., q. 4. a. 3-o.

(4) Cf. Sum. TlieoL, 22, q. 9, a. 3, in corpovc. — Voir aussi ce que nous disons du caractère progressif et moralisateur de la foi, dans notre Morale surn. foiuUun.j n° 182.

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