DE LACTE A LA VERTU
acte SLirnaturellement boa, comme est l'acte de foi même informe, devienne au plus tôt vertueux, ce qu'il ne saurait être sans la charité (1). — Cet ordre demande donc que le mouvement de la raison vers le vrai soit suivi du mouvement delà volonté vers le bien, et que la foi détermine l'amour comme l'intellection détermine l'appétition : or, l'amour de Dieu confère à l'ame le don de la grâce sanctifiante; et celle-ci, en informant et vivifiant la foi jusque-là imparfaite, l'élève immédiatement à la catégorie des vertus proprement dites, voire même au rang des plus excellentes, des vertus théologales (2). 257. — Logiquement et ontologiquement, je ne dis pas toujours chronologiquement, ce passage de Vacte de foi informe à la vertu de foi formée et vivante se fait par degrés successifs et harmonieusement enchaînés. — La croyance en Dieu créateur, rédempteur et sauveur, nous fait voir en lui une source inépuisable de biens auxquels nous participons dès la vie présente, et dont il promet de nous combler dans la vie future : l'amour surnaturel à'espérance est excité dans nos cœurs par ces considérations d'autant plus efficaces qu'elles nous intéressent au premier chef. La vertu théologale d'espérance intervient en même temps que cet acte d'amour, ou ne tarde guère à lui être donnée comme principe habituel : et tous deux secondent l'acte de foi dans une nouvelle évolution de sa puissance vitale. — Car il nous montre, dans l'immense océan de la bonté divine, comme raison absolument première des bienfaits innombrables dont elle nous enrichit, cette infiniment adorable et infiniment aimable perfection à' Etre qui mérite et provoque l'amour parfait, la charité désintéressée, la très pure dilection, dans toutes les créatures intelligentes. De là procède, sous l'inspiration et avec le secours de la grâce, Vacte de charité
(1) Sum. TlieoL, 22, q. 4, a. o : « Fides autem informis non est virtiis quia, etsi actus fidei habeat perfectionem debitam ex parte intellectus, non tamen habet perfectionem debitam ex parte voluntatis. »
(2) IbicL, a. 7.
194 VERTUS TQÉOLOGALES
qui est nécessairement justifiant, et qui par conséquent procure à l'âme la grâce habituelle, les vertus théologales, les vertus morales, en un mot tout ce qui constitue l'essence de la sainteté surnaturelle (1).
258. — Allons plus avant encore et disons comment l'acte de foi est le germe formel, le principe spécifique, de la sainteté surnaturelle accidentelle, et tout d'abord des dons de l'Esprit-Saint. — Unissant déjà l'homme à Dieu d'une façon très réelle et très intime, parfois très généreuse et très méritoire, il entraîne pour ainsi dire à sa suite les instincts sacrés qui rendent l'âme plus sensible et plus obéissante aux touches de la grâce divine; et saint Thomas n'hésite pas à dire que «la foi, l'espérance, la charité, sont en quelque manière les racines des dons; et que tous les dons appartiennent à ces vertus en tant qu'ils dérivent d'elles, » de même que des ruisseaux jaillissant d'une source commune (2). Ils sont même réglés par les actes de la foi, de l'espérance, de la charité, attendu que ceux-ci, étant immédiatement en contact avec la vérité divine, avec la bienfaisance divine, avec la bonté divine, possèdent une perfection et une dignité supérieures à celles des dons qui sont spécialement destinés à compléter les opérations des vertus morales. Or, cette supériorité des vertus théologales n'est pas inerte et oisive, mais éminemment active et souverainement efficace pour coordonner notre vie morale tout entière au centre unique vers lequel doivent graviter les créatures raisonnables, surtout quand elles sont élevées à l'ordre surnaturel (3).
(1) Cette doctrine exposée amplement et théologiquement par saint Thomas {Sum. TheoL, 12, q. 113 ; 22. q. i, 6, 7,) a ensuite été sommairement et auttienliquement proposée par le concile de Trente, Sess. vi, de Justilic, cap. 4-8, et can. 3-12.
(2) «Istae virtutes pnesupponunlurad dona sicut quoedam radices donorum : unde omnia dona pertinent ad lias très virtutes sicut qua?(lam derivationes prîfidictarum virtntum. » (Sum. TheoL, 12, q. 68, a. 4, S-".)
(3) «Virtutes theologicaî praeferuntur donis Spiritus Sancti, et régulant ea. Unde Gregorius dicit (in l Moral., c. 12 vel 28) quoi neque addenarii perfectionem septem fUii (id est, septem dona) perveniuut. nisi in fnll:, spe et citari-