DONS ET BÉATITUDES
259. — Il y a surtout deux dons qui résultent de l'acte de foi parvenu à son complet développement dans la justification et la sanctification surnaturelles. — Ce sont les dons d'intelligence et de science chargés de faciliter, non précisément la croyance théologale, mais d'abord les connaissances qui la précédent et qui appartiennent aux motifs de crédibilité; ensuite celles qui dans les Écritures inspirées et dans les Traditions divines accompagnent les vérités essentiellement et directement révélées; enfin celles qui concernent l'interprétation du dogme, sa défense contre l'hérésie et l'incrédulité, ses conséquences théologiques soit spéculatives soit pratiques (1). — Pour distinguer l'un de l'autre les dons d'intelligence et de science, il faut attribuer au premier les objets principalement divins, au second les choses principalement humaines et temporelles, si unies qu'elles puissent d'ailleurs être aux éternelles et infinies réalités (2).
260. — Au don d'intelligence, saint Augustin et saint Thomas rattachent la sixième béatitude : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu (3) ! » En effet, l'intelligence surnaturelle accordée aux croyants par l'Esprit divin les préserve des fausses interprétations de la vérité révélée, c'est-à-dire, des imaginations vaines et des audacieuses perversions qui l'obscurcissent ou la corrompent même totalement. — L'intelligence surnaturelle ajoute aussi à la foi théologale une connaissance
tate fiât omne quod agunt.y> {Ibid., a. 8, c.) — « Ordine perfeclionis et dignitatis.... dona sunt priera virtutibus intellectualibus et moralibus, posteriora vero virtutibus theologicis. » {Ibid., 2^; cf. q. 9, a. 1, 3™.)
(1) Cf. Sum. TheoL, 22, q. 8, surtout art. 2 et 6. — Le saint Docteur, en ces passages 1res remarquables, donne des éclaircissements de la plus haute utilité sur les connaissances surnaturelles intimement connexes à la foi théologale sans en faire cependant partie.
(2) Sur la distinction entre ces dons relatifs à la foi, et la grâce gratuite ou charisma de science,, cf. q. 9, a. 1. 2™. — Quant au don de sagesse, il se rapporte à la vertu de charité, comme celui de conseil à la prudence, ainsi qu'on le verra en temps opportun.
(3) Matth., V, 8. — S. AuGUST., de Sermone Dominiin monte. — Sum. TheoL, 22, q. 8, a. 7.
très précieuse et pour ainsi dire intuitive, immédiatement évidente, de ce que Dieu n'est pas (1). — Or, bienheureux les fidèles qui sont ainsi protégés et enrichis! Ici-bas leur acte de foi, leur vertu de foi, sont toujours en sûreté, toujours en progrès. Dans le ciel. Dieu leur prépare une intuition béatifique proportionnée à la pureté, à la netteté, et, pour ainsi parler, à l'acuité de leur foi (2). — Au don de science répond la troisième béatitude, d'après l'Évêque d'Hippone et l'Ange de l'École : « Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés (3)! » Et la raison de cette attribution, quelque peu singulière au premier regard, est qu'une juste appréciation des biens créés nous fait voir en eux des pièges fort dangereux si nous en abusons, et nous inspire un vif regret d'avoir souvent oublié, en pratique, qu'ils sont de simples moyens d'arriver au Bien suprême. Cette tristesse devient un heureux préservatif contre de nouveaux abus, et un très heureux principe d'efforts et de mérites. La joie intime d'une vie régulière en ce monde, l'ineffable béatitude de la vie définitivement parfaite en l'autre, couronnent donc la fidélité à suivre les inspirations de la science surnaturelle relativement aux objets finis et créés de notre activité morale.
261. — L'acte de foi ne nous conduit pas seulement à ces béatitudes commencées ou consommées , qui résultent des dons d'intelligence et de science surnaturelles dérivés de lui. Il produit aussi des fleurs et des fruits (4), qui, pour n'être pas tous aussi précieux que
(d) « Duplex est Dei visio : uiia qiiidem perfecta, per quaiii videtur Dei esseiitia; alia vero imperfecta, per quam etsi non videamusde Dec quid est, videnius tamen quid non est : et tanto in liac vita Deuni perfectius cognoscinius, quauto magis intelligimus eum excedere quidquid intellectuconiprehenditur. » (Ibid.)
(2) Cf. S. Thomam, ibid. — Le saint Docteur parle ici de la depuratio affectas, de la munditia mentis depurata', que plus d'un éditeur a maladroitement transformée en deputatio, véritable non-sens.
(3) Matth., V, 5. — S. AuGUST., ibid. — Sum. TlieoL, ±2, q. 9, a. 4.
(4) « Opéra igitur nostra, in quantum sunt eiïectus Spiritus Sancti in nobis operantis, habent rationem fnictus : sed in quantum ordinanlur ad linem vita:' îjetern*, sic magis habent rationem florum : unde dicitur Kr.CLi., xxiv, 23 : Flores mei fruclus honoris et honestatis. « (Suni. Theol., 12, q. 70, a. 1, 1">.)