FLEURS ET FRUITS
les béatitudes (1), n'en sont pas moins fort beaux et fort désirables. — La certitude que la foi donne à l'intelligence, la joie qu'elle procure à la volonté, adoucissent et embellissent singulièrement la vie chrétienne, quelque rudes qu'en puissent être les devoirs et les épreuves. Comparée à celle des incroyants, notre existence a une dignité, une noblesse, une beauté, qui charmaient saint Augustin dès avant sa conversion (2), et qui ne peuvent être remplacées par rien d'équivalent ni même d'approchant. — Et ces fleurs, nées de la sève de l'Esprit divin sur l'arbre de notre libre adhésion à la parole révélée, se transforment finalement et pour jamais dans la certitude et la joie ineffables de la vision béatifique. Ce n'est plus alors seulement le « trentième » qui encourageait la foi à son début, le « soixantième » qui récompensait son développement, le « centuple » qui la couronnait à son apogée quand elle triomphait victorieusement de toutes les hérésies et de toutes les erreurs engendrées par « la chair » : c'est « l'infiniment plus grand » qui la comble au delà de toute proportion et de toute mesure (3).
(1) Ihid., in corpore.
(2) Confess., 1. VIII, c. 11.
(3) Cf. Sum. TheoL. 12, q. 70 ; et 22, q. 8, a. 8. — Si charmantes que soient ces considérations, on voudra bien ne pas oublier qu'elles appartiennent à la plus rigoureuse théologie. — Ce Théorème relatif à la fécondité de l'acte de foi théologale pourrait s'enrichir de vues relatives au baptême dont la foi ouvre l'accès, aux autres sacrements qui en sont la suite logique et juridique, au recrutement perpétuel des croyants et à l'édification continuelle de l'Eglise par la croyance surnaturelle, à l'influence de celle-ci sur la société familiale et politique, à son épanouissement dans la philosophie et la théologie catholiques, à ses résultats même littéraires et esthétiques, etc., etc. Une partie de ces considérations est déjà exposée dans la Lorj. sum. siibj., Théorèmes LX- LXI et LXV; dans la Log. sum. obj., Théorèmes XCllI, XCV-XCVL etc., dans la Morale sum. fondam., Théorèmes XXl-XXV, XC Nous aurons l'occasion, s'il plaît à Dieu, d'exposer les autres dans la suite de ce Cours de Théologie. — En attendant, ajoutons à cette doctrine, ainsi qu'un sceau lumineux et sacré, les paroles suivantes de saint Augustin : « Quum autem initio fidei quae per dilectionem operatur mens imbuta fuerit, tendit bene vivendo etiam ad speciem pervenire ubi est sanctis et perfectis cordibus nota inetfabilis pulchritudo, cujus plena visio est summa félicitas. Hoc est nimirum quod requiris, quid