PROLOGUE Jo
peuvent les procurer — De là vient que le premier groupe a reçAi le nom de théologique ou théologal, et Je deuxième celui de moral (1).
15. — Les trois vertus théologales ne sont pas entourées de vertus secondaires qui participent en quelque mesure à leur essence et dignité (2), tandis que les quatre vertus morales servent de centres à un grand nombre d'autres en qui elles reconnaissent des puissances subordonnées, annexes, dérivées si Ton veut, mais appartenant à leur famille et à leur catégorie spécifique. Relativement à ces sœurs pour ainsi dire puînées, elles sont principales y ou cardinales, ou morales par excellence (3); et les puînées sont simplement morales^ ou parties potentielles et parties intégrantes relativement à leurs aînées (4). — Or, parmi les vertus secondaires qui se rattachent à la vertu cardinale dQ justice, il en est une d'exceptionnelle importance et d'objet tout à fait supérieur, — la vertu de religion (5). Elle a un domaine si étendu et si sublime, que plusieurs théologiens d'entre les modernes se sont demandé s'il ne conviendrait pas de la tirer de son rang un peu trop abaissé, et de l'assimiler plus ou moins complètement aux vertus théologales. — Nous croyons cette manière de voir insuffisamment justifiée, puisque, après tout, la religion n'a pas Dieu pour objet propre et direct, mais seulement le droit de Dieu sur l'ensemble des êti-es créés par lui, — droit qui n'est pas un de ses aspects comme sa vérité, sa véracité, sa bonté, mais uniquement un effet de sa causalité créatrice et rédemptrice. — La vertu de religion doit donc demeurer dans la catégorie des vertus morales;
11) Virtutes thcologicve ou théologales; virtittes morales.
(2) U y a bien des liahitiis supernaturales, comme Vliabitus theologicus, (cf. Logique surn. suhj Théor. XXIII,) et Vhabitiis fidei. ccdesiasticœ (cf. ci dessous, ch. î, art. 2,) qui se rattachent aux vertus Ihéologiques et dont nous aurons soin de parler en temps opportun; mais ils ne leur sont tiiianalogiies, et non identiques quant a l'espèce.
(3) Cf. Sum. Theol., 12, q. 61, a. 13.
(4) Cf. ibid., 22, q. 48, a. uu.
(o) Ibid , 22, q. 8D, a. uu.
IG TRAITÉS DES VERTUS
ôt sa nature, sa fonction, son rôle, ne s'expli([uent facilement qu'à la condition de l'y considérer ainsi que dans son cadre véritable. — Avouons cependant qu'il est un peu étrange de voir cette longue et transcendante étude de la religion se perdre au milieu des détails tout humains delà justice, et servir presque d'introduction aux détails plus humains encore de la tempérance. Pour cette raison, d'ordre esthétique sinon rigoureusement logir[ue, nous prenons le parti de la placer entre les vertus théologales et les vertus cardinales, dans une sorte d'isolement digne d'elle et de son nom qui à lui seul évoque les plus hautes idées de respect, de vénération et d'adoration