‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 62 sur 144 · NÉCESSITÉ DE MOYEN · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE MOYEN

admirables de connaissance et de science; de même que les opérations de volonté faites maintenant seront alors couronnées par d'admirables perfections d'amour et de fruition (1). — Pour mériter de voir, il faut donc croire; pour mériter de jouir ^ il faut vouloir la foi et les œuvres; pour mériter d'être g lotH fié, il faut être justifié, et l'on sait que la justification des adultes commence par la croyance théologale. — Si l'intelligence, la pensée, la raison, n'est pas (( captivée par l'obéissance à Jésus-Christ (2), » elle est radicalement inapte à participer à son éternelle lumière. Par conséquent Yacte de foi est de nécessité de moyen, d'obligation absolue et indispensable, pour quiconque est en âge et en mesure de le former (3).

278. — L'adulte ne peut d'ailleurs arriver au ciel sans actes surnaturels d'espérance, de charité, de prudence, comme nous le dirons en son lieu (4). Or ces actes, nous le dirons aussi bientôt (5), ne sauraient être produits que comme conséquences de l'acte de foi qui leur fournit les objets, les motifs, auxquels ils doivent toute leur essence et toute leur valeur. La vie surnaturelle est

(1) I Cor., II, 9.

(2) II Cor., x, S.

(3) « Reverentia enim Deo débita exigit ut divinse \eritati creata mens se subjiciat, m captivitatem redigens omnem intellectum (v6rj[xa, cogitatum) in obsequium Christi, attendens scilicet ad Deum sibi loquentem, credens quae dicit, nec ullo pacto contradicens aut dubitans. » (Ballerini, Opus theologicum morale, t. Il, p. iO.) —Ce n'est pas là uniquement un moyen plus parfait, plus avantageux, d'atteindre à la vision béatifique. Dieu ne l'a pas ordonné comme tel aux adultes. C'est un moyen essentiellement lié avec la récompense^ le piHx, le salaire, que Dieu ne peut donner aux adultes capables de le conquérir et ne le conquérant pas. S'ils ne sont pas entièrement adultes sous ce rapport, s'il manque quelque chose à leur capacité sans que ce soit de leur faute, ils appartiennent à la catégorie des enfants en ce point. — « Si ponatur aliquis puer habens jam habitum gratiœ in baptismo suscepto et qui postquam ad usum rationis venit statim moritur absque eo quod habuerit occasionem credendi vel negandi, immo nec cogitandi de rébus fidei, non video cur iste non salvetur sine actu fidei : nam licet moriatur adultus, non tamen fuit adultus quasi formaliter in illa materia, quum circa eam numquam ut adultus habuerit occasionem operandi, quod idem notavit Suarez. » (Gard, de Lugo, de Fide, disp. XII, n. 3 ; SuAREZ, de Fide, disp. xii, sect. 4, n. 9). — « Et sanesi fuerint jam baptizati et non instruantur^ num dicemus gratiam Dei ab ipsis abire, eo quod non faciant id quod facere non possunt ? « (Ballerini, ihid., p. 8.)

(4) Traité de Dieu consommant ses œuvres. (o) Chapitres II et III du présent volume.

donc impossible sans la croyance théologale; et comme nul n'est sauvé sans avoir vécu surnaturellement s'il l'a pu faire, nul non plus ne fut et ne sera jamais sauvé sans la foi actuelle, s'il a pu l'exercer (1).

279. — Dieu prescrit toujours, au moins par la loi naturelle, l'accomplissement des devoirs absolument nécessaires; et nous n'avons pas à douter que Vacte de foi, dans l'hypothèse effectivement réalisée de notre élévation à l'ordre surnaturel, ne soit une obligation imposée par l'essence même des choses, par le droit de la nature et par l'autorité du simple bon sens. — Mais Dieu n'a pas manqué d'y ajouter des prescriptions positives, explicitement et expressément révélées. C'est le but et le sens premiers des paroles évangéliques rapportées précédemment (2). Croire signifie bien plus clairement et plus fortement la croyance actuelle que la croyance habituelle ou virtuelle; et je ne pense pas qu'une seule hésitation se fût produite en théologie sur l'obligation précise et formelle de l'acte de foi, avant qu'au XYif siècle un casuiste malavisé ne se mît à soutenir une thèse singulière dont le pape Innocent Xï fit bonne et prompte justice, en la condamnant par décret du 2 mars 1679 « au moins comme scandaleuse et pernicieuse en pratique. » Le novateur disait : « La foi n'est pas censée tomber par elle-même sous un précepte spécial (3); » et il ne la croyait jamais prescrite qu'en raison de son rôle dans l'observation de quelque autre précepte, tel sans doute que celui de la profession de foi à faire en recevant un bénéfice ecclésiastique, ou que celui de la réception des sacrements. Un tel système ne mérite vraiment pas qu'on s'y attarde, et nous devons plutôt songer à bien définir la nature et Vobjet de l'acte de foi nécessaire au salut. La question de Vobjet sera

({) Cf. SuAREZ, de Fide, disp. xiii, sect. 3; card. de Lugo, de Fide, disp. XIII, n. 3». '

(3) « 16. — Fides non censetur cadere sub prœceptum spéciale secundum se. »

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