FOI REQUISE
traitée dans le Théorème suivant; et nous nous bornerons en celui-ci à montrer comment il faut entendre cette foi actuelle sans laquelle aucun adulte ne saurait parvenir à la vision béatifique.
280. — Avant tout, elle doit être sumaturelle, inspirée et soutenue par la grâce qui n'est jamais refusée à quiconque veut sincèrement croire; elle doit être fondée sur des motifs de crédibilité réels et prudents ; elle doit être librement commandée par la volonté et non dictée par un instinct ou un sentiment aveugles; elle doit être motivée par l'autorité du témoignage divin, et s'appliquer enfin à des objets véritablement révélés. — On ne satisferait donc pas à cette obligation par une foi « au sens large, » basée « sur le témoignage des créatures ou sur un motif semblable, » comme celle dont certain casuiste voulait bien se contenter (1). — On n'y satisferait pas davantage par une croyance dont les préambules ne seraient admis que comme probables et non certains : car la grâce de Dieu ne peut être accordée pour une foi de ce genre, indigne de lui si elle se dit absolument convaincue sans préliminaires évidents, et non moins indigne de lui si elle se réduit d'elle-même au rang de simple opinion (2).
281. — La croyance requise pour le salut des adultes doit être également formelle, c'est-à-dire, juger que son objet est vrai, y adhérer nettement, et s'appuyer pour cela sur l'autorité de Dieu révélateur. Le défaut d'une de ces conditions entraîne la nullité de l'acte. — Mais on ne doit pas exiger en outre une vraie délicatesse d'analyse, une conscience psychologique distincte, une réflexion approfondie, privilèges des seuls théologiens. Pourvu que les éléments constitutifs de la foi théologale se trouvent réunis, l'obligation est remplie, y eût-il des imperfections accidentelles de méthode et même
(1) Cf. ci-dessu?, ii» ^08, Idi proposition 23'^ également condamnée le 2 mars
(2) Voir ci-dessus, i.os 226-228.
des additions puériles d'éléments étrangers à la foi.
282. — Nous verrons plus tard que cette foi formelle doit au moins porter sur les deux dogmes les plus essentiels à la doctrine et à la morale révélées : l'existence de Dieu, et son rôle de juge suprême. Il faut ici déjà en conclure, et tout à fait logiquement, que l'acte de foi absolument requis pour le salut des adultes ne peut pas toujours être seulement vague, confus, implicite. Qu'il le puisse être de temps à autre, fort bien (1) ; mais qu'il puisse toujours s'en tenir là, non pas. — En vain dirait-on qu'il est implicitement universel, et embrasse conséquemment les dogmes substantiels. Certes, tout acte de foi doit être implicitement imiversel et n'exclure aucun objet révélé, sous peine d'être radicalement faux, puisque refuser de croire Dieu en tout équivaudrait à ne le croire en rien. Mais cette universalité implicite et confusément entrevue, ou même explicite et clairement vue, n'a pas la même efficacité pratique et précise qu'une croyance particulière parfaitement définie sur des points qui par eux-mêmes, ou en raison des circonstances, doivent servir d'aliment divin à l'âme chrétienne.
283. — On s'est demandé si l'acte de foi nécessaire au salut des adultes ne pourrait pas être simplement virtuel, c'est-à-dire, être dépourvu d'attention présente et de
(1) Si nous admettons la réalité et l'utilité à'actes implicites de foi théologale, (cf. n» 215), c'est à la condition que le fidèle entrevoie au moins confusément et obscurément les objets implicites, c'est-à-dire, les objets contenus dans quelque vérité distincte, précise, explicitement admise. Si, en croyant explicitement le dogme de l'infaillible autorité de l'Eglise, il sait au moins vaguement que cela le conduit logiquement à croire tout ce que l'Église enseigne; et si, sa volonté le déterminant à y croire, il y croit elTectivement in qloho. cet acte de foi est implicite. Mais si, croyant explicitement à la divinité du Christ, il ne voit pas même in confuso que ce dogme en contienne d'autres, on ne saurait dire qu'il y croie implicitement, ni qu'ils soient pour lui un objet implicite. En effet, implicite ne signifie pas du tout la même chose que non connu et non voulu; (cf. Morale suvn. fundam., ir' 450-iol); et il ne peut y avoir aucune obligation, aucune utilité, aucun mérite, à croire ce que l'on n'est pas capable de croire. Une telle croyance serait même contradictoire, à moins qu'elle n'appartînt purement et simplement à la catégorie des actes « que l'on ferait si l'on savait; » mais ces actes-là ne comptent pas plus en théologie qu'en philosophie. (Cf. ibid., et n° 572.)