FOI VIRTUELLE
relation immédiate à son motif, à l'autorité de la parole divine, mais être cependant déterminé, inspiré, mû enfin, par ce motif antérieurement connu. — Evidemment le pi^emieracte de foi conçu par un adulte ne sera jamais simplement virtuel; il sera toujours provoqué, dans l'instant même de sa production, par l'influence du témoignage révélateur, et l'on ne comprendrait pas qu'il pût en être jamais autrement pour ce début de la foi actuelle. A la question posée, je dois donc répondre que cette foi ne saurait être exclusivement et complètement virtuelle. — Quant à dire qu'elle suffirait au moins de temps à autre dans le cours ordinaire de la vie, je n'y répugnerais pas s'il m'était démontré qu'elle peut exister de loin en loin à ce degré purement virtuel. Mais je confesse en douter bien fort, parce que je ne saisis pas comment la raison pourrait alors juger avec luynière et avec certitude (1). Pour être assuré, absolument assuré, que tel attribut convient à tel sujet, il faut voir leur lien, soit dans la clarté parfaite de l'évidence, soit dans la lueur d'un témoignage évidemment croyable. — Juger sans aucune lumière, c'est juger aveuglément, sans motif raisonnable. Au jugement de la foi, il faut par conséquent l'illumination présente de la parole divine, avec une conscience plus ou moins précise de son intervention, mais avec une impression réelle de sa divine et adorable splendeur. — Je comprends fort peu que, longtemps après un acte de foi formelle, l'acte de foi virtuelle puisse servir à grand'chose, ni même qu'il soit effectif et surnaturel (2).
S84. — Si la foi actuelle est absolument nécessaire au salut des adultes, et si elle leur est positivement pres-
(1) Cf. n's 215 et 282.
(2) L'expression de fides virtiialis, dans le sens gue nous venons de discuter, n'a pas même le mérite de la clarté : car ce qui serait virtuel, dans l'hypothèse donnée, ce n'est pas la foi, mais le motif de la foi. — L'expression de fides implicita, parfois substitué à fides virtiialis, est plus médiocre encore : ce qui serait implicite, c'est l'acceptation préalable du motif de la foi, et non la foi elle-même.
crite par Dieu comme telle, il s'ensuit logiquement que la connaissance actuelle des motifs de crédibilité et du miotif de croire leur est pareillement nécessaire et prescrite. —
— « Qui veut la fin veut les moyens. » Dieu, voulant que la raison humaine suffisamment développée et instruite croie formellement aux vérités révélées, doit vouloir qu'elle le fasse d'une manière intelligente, prudente et normale; qu'elle sache avec certitude qu'il existe, qu'il ne peut se tromper ni tromper, qu'il a parlé aux hommes surnaturellement, qu'il leur a enseigné telle ou telle doctrine, qu'il leur demande d'y adhérer sincèrement et absolument. — Gomment, du reste, pourrait-on supposer qu'un adulte entièrement capable de connaître le fait de la révélation surnaturelle pût en bénéficier, dans l'ordre de la grâce et dans celui de la gloire, sans en avoir réellement connu l'existence? Serait-ce conforme aux règles de la sagesse divine, aux dispositions de cette Providence qui veut nous idiiTQ mériter le ciel comme une récompense?
— Si donc rien ne manque intérieurement ni extérieurement à un homme pour connaître au moins en substance les préliminaires d'ailleurs très courts et très clairs de la foi, il ne sera pas excusable de les ignorer; et il perdra par sa faute la grâce sanctifiante s'il la possédait par le baptême, ou bien il se mettra dans l'impossibilité de l'acquérir. Que si intérieurement ou extérieurement, mais sans faute de sa part, il a manqué des aptitudes ou des conditions nécessaires à ce genre de savoir, il restera dans la catégorie des esprits insuffisamment développés et il partagera leur sort.
285. — Observons, car cela peut avoir plus d'une utilité, que les moyens d'arriver à la connaissance des préambules de la foi et cette connaissance même ne seraient pas nécessairement dépouillés de leur efficacité par les erreurs qui s'y mêleraient, qui en corrompraient la pureté native. Les juifs, par exemple, les mahométans, les bouddhistes, et à plus forte raison diverses peuplades sauvages, ont conservé la notion d'une révélation primi-