FOI ACTUELLE
tive à laquelle ils peuvent se soumettre sincèrement. S'ils croyaient, à cause d'elle, aux dogmes de l'existence de Dieu et de la coordination de l'humanité envers cette fin suprême, en les entendant au sens exact que les égarements du paganisme n'ont pas toujours entièrement dénaturé, rien ne s'opposerait absolument à ce que la grâce divine surnaturalisât en certaines circonstances ces jugements rudimentaires de crédibilité et de croyance, pour en faire le point de départ d'une série d'actes de dévotion (1), de pénitence, de charité, qui pourraient aboutir finalement à la justification moyennant le désir au moins implicite du baptême et de l'agrégation au corps de l'Église (2). A plus forte raison peut-on le penser des hérétiques, des schismatiques, de quelques catholiques très ignorants, dont l'incapacité serait assez involontaire, assez invincible, pour les dispenser d'une connaissance toutà-fait exacte et irréprochable des préambules de la foi. 286. — Observons aussi que cette connaissance préliminaire et que la foi elle-même, pour être actuelles dans la mesure que l'on voit déjà et que l'on verra mieux encore plus loin (3), n'ont pas absolument besoin d'être spontanées et aptes à se produire sans le secours d'un maître, d'un guide, d'un prédicateur. — Je ne parle pas ici de l'obligation, très réelle à coup sûr, ô! apprendre et de retenir de mémoire les éléments dont elles se composent; j'en traiterai dans la suite (4). Je parle seulement de l'obligation de cette connaissance et de cette foi actuelles, comme moyens de procurer le salut des adultes; et je dis qu'elles seraient suffisantes et suf-
(1) Au sens adopté par saint Thomas [Sum. Thsol., 22, q. 82), et largement exposé dans notre Traité delà vertu de Religion).
(2) « Notant tandem Lugo {de Fide, disp. xii, n. 51), et Struggi, {tract, iv, q. 1, n. 22),.... posse salvari etiam judaeos et mahumedanos qui sint in errore materiali et inculpabili : nam isti non carent notitia unius Dei remuneratoris quam utrique liabent ex revelatione mosaica; accedente ergo interiori gratia liabent quod satis sit ad eam fidem qua perduci possint ad baptismum flaminis. » (Ballerini, t. cit., p. 9.)
(3) Théorèmes XXXIX-XL.
(4) Théorème XLI.
fisamment actuelles, si elles étaient momentanément suggérées par un missionnaire, par un confesseur, par un ami, lors même que le peu d'intelligence native, la fatigue cérébrale causée par la maladie, la perte de la mémoire amenée par la vieillesse, empêcheraient le croyant d'agir en tout cela d'une façon autonome.
287. — Nous ne terminerons pas ce Théorème sans montrer brièvement que les adultes sont obligés, de droit positif et naturel tout ensemble, d'employer des moyens pratiques pour connaître les préliminaires de la foi et pour faire l'acte de foi auquel ils sont tenus, soit qu'ils n'aient pas encore rempli ce devoir, soit qu'ils aient eu le malheur de retomber dans l'infidélité d'où la miséricorde divine les avait précédemment tirés. — Assurément cette obligation ne pèse subjectivement sur eux qu'à partir du moment où leur conscience, suffisamment éclairée, la leur intime avec certitude. Étant dans les ténèbres de l'erreur, leurs convictions religieuses ne sont jamais que des opinions, dont l'incertitude leur sera facilement révélée par un exposé simple et loyal des titres du catholicisme. Dès qu'ils constateront cette incertitude, ils se trouveront forcément aux prises avec une question où le salut éternel est en jeu, et où le scepticisme n'est vraiment un « oreiller » commode à personne. — Si les raisons invoquées en faveur de la religion chrétienne n'étaient jamais que probables, ces errants pourraient demeurer en paix; et je n'hésite pas à convenir que certaines apologies du christianisme, basées sur le sentimentalisme, sur le kantisme, sur l'intuitionisme ou le traditionalisme, ne seraient pas capables d'imposer le devoir d'y prendre attention. Fussent-elles plus probables, même beaucoup phcs probables, que les raisons de la secte opposée, elles ne seraient pas encore décisives, puisque elles ne pourraient légitimer un acte de foi absolument ferme (I); et le sectaire ne serait
(1) Cf. ci-dessus, n» 226.